Il y a quelques années, au détour d’une Boiler Room sur laquelle je cliquais hasardeusement, résonnaient dans mon petit studio quelques notes de piano sur une grosse caisse oldschool. Envoûté par l’équilibre parfait entre rythme brut et mélodie nostalgique, je postais en commentaire un classique « id please ? ». Et me voilà embarqué dans plus d’une heure d’écoute du génial « Colt » de Dense & Pika (Hotflush). Si vous appréciez la techno vous connaîtrez probablement, mais novice que j’étais à l’époque, il me fallait bien une boucle de piano aux sonorités house pour me familiariser avec l’agressivité du genre. En ce sens, l’EP « Colt » que je téléchargeais à la suite de cette découverte me déçut quelque peu : les trois autres morceaux du maxi n’émanaient rien de ce que je recherchais à l’époque. Mais là n’est plus la question, puisqu’à force de creuser la discographie du duo je tombais sous le charme de morceaux / bangers (rayer mention inutile) tels que « Slowhand » qui, loin d’évoquer chez moi la même mélancolie furieusement joyeuse, me permettaient une approche en douceur de la techno et de ses kicks gras.

S’il m’aura fallu de nombreuses années pour apprécier le genre à sa juste valeur et en développer un intérêt certain, il n’empêche que Dense & Pika en fut l’un des catalyseurs. Il m’apparaît donc normal de leur renvoyer l’ascenseur à ma manière, en prenant cinq minutes pour traiter leur dernier EP : « Suki » (oui, je sais, deux mois plus tard).

Pour vous parler librement, je dois dire que Drumcode n’est pas nécessairement un label que j’affectionne à 100%. La dernière apparition du duo dessus était une collaboration avec Adam Beyer qui sonnait trop Drumcode et trop peu Dense & Pika. À l’inverse, leurs précédentes sorties sur Hotflush laissaient la part belle à l’originalité des deux producteurs londoniens ; il en va de même pour leur reprise du morceau « Louder Than A Bomb » du canadien Tiga, versus au swing légendaire sorti sur son propre label Turbo.

Dans un esprit similaire, « Suki » – traduction japonaise possible d’un « je t’aime » langoureux – débute par une track éponyme qui n’est pas sans rappeler les débuts house / tech house du duo sur le label de Scuba. Entre drums distordues et basse industrielle, les quelques notes syncopées groovent de mesure en mesure, laissant peu à peu leurs filtres s’ouvrir dans une progression d’accords joyeuse. Vous ne verrez peut-être pas en quoi cet EP marque un supposé retour aux sources du groupe, mais à mon sens c’est précisément pour cette raison : la joie. Si « Colt » m’avait tellement chamboulé à l’époque, la boucle de piano y était pour beaucoup car, plaquée sur quatre mesures de grosses caisses hargneuses, elle émanait un mélange inexplicable de paix et de fureur, de joie et de tristesse.

D’avantage orienté clubbing, « Little Sun » retranscrit à merveille ce paradoxe mélodique. Et sans vouloir vous spoiler ce sera aussi le cas de « Lanky », puisque l’on touche peut-être du doigt l’identité même de Dense & Pika : à cheval entre ambiance warehouse et chill de fin de soirée. « Little Sun » sera donc chanté à l’infini, sur différentes tonalités, presque psalmodié, tel un mantra robotique. Les deux mots n’évoquent pas nécessairement ce que je pense ressentir à l’écoute du morceaux, mais ce qui est sûr, c’est qu’ils donneront aux nappes de synthétiseur un côté atmosphérique significatif d’un drop sous stroboscopes.

« Lanky », ou « dégingandé » en anglais, apparaît comme un titre d’avantage révélateur. Les deux onomatopées sont répétées telle une litanie enivrante sur fond de « Lil Louis – French Kiss ». Non pas que je crie au plagiat, les notes n’appartiennent à personne. Mais faute de la déplorer, j’apprécie la comparaison puisqu’elle révèle le caractère quasi-sexuel du morceau. Je vous passerai donc la raison pour laquelle je trouve le titre adéquat. Disons juste pour rester politiquement correct, qu’au delà de l’aspect sensuel, il se dégage de « Lanky » le quotidien de beaucoup de clubbers : une redescente en douceur dans la pénombre d’un fumoir.

Bref, il va sans dire : « Suki » est un EP qui me réconcilie avec le son des boss de Kneaded Pains : j’ai apprécié leur virage industriel, j’affectionne d’autant plus leur retour aux mélodies d’antan. Presque psychédélique, la techno des deux anglais me fait quelque chose. Car en musique, s’il est aisé d’exprimer l’amour, la mélancolie ou l’euphorie, sachez que combiner les trois sur des drums saturées qui tapent à 125 BPM , ça relève de la prouesse.