Que ce soit par les lives techno pour les Twenty One Records avec les soirées Be Live ou des sets bien pointus et recherchés pour les Chineurs de Montpellier, il y a comme un parti pris de chaque côté. Qu’est ce ce que vous défendez?

Lukas (TOR)   : Faut savoir que nous avons un peu une vision commune entre TOR et CDM. En effet, nous avons chacun envie de créer comme une communauté regroupant des passionnés de musiques électroniques au sens large et qui souhaitent créer une sorte de mouvement autour de ça. En tout cas, c’est mon point de vue.

Tom (TOR): Pour ma part je défends l’ouverture des styles. Les crews ont trop tendance à s’enfermer dans un genre en particulier, seulement techno, house, ou drum, etc… Par contre une soirée progressive où le line-up te permet d’aller dans différents univers, tout en restant cohérent, ça c’est mon kiff ! Toutes les musiques ont quelque chose qui les relient, il faut juste faire ça intelligemment, on essaye aussi de mettre en avant les performances lives notamment comme on l’a fait lors de notre dernière soirée Be Live à l’Antirouille, où tout les artistes jouaient en live du warm-up au closing.

CDM : A l’origine, le mouvement des chineurs est né sur Facebook. Des lyonnais ont créé un groupe pour que les passionnés de la ville puissent partager leur découverte et créer des liens entre eux. Par la suite, il y a eu des groupes de chineurs pour chaque genre, House, Techno, Rap, et celui que l’on appelle « des origines » pour le jazz, le funk et les autres genres qui ont forgé la musique que l’on connait aujourd’hui. Ensuite, voyant le mouvement s’étendre au niveau national, les villes les plus actives ont été sollicitées pour créer leur propre communauté, comme à Montpellier. Notre volonté première est donc la recherche musicale, d’où le nom Chineur de Montpellier. Pour le moment, notre orientation est clairement House. Dans le futur, et à l’image de la grande chinerie qui regroupe toutes les antennes au niveau national, voire européen, nous aimerions représenter les autres genres musicaux sur Montpellier et ainsi voir naitre Les chineurs de Techno, Les Chineurs de Rap, Les Chineurs des Origines pour promouvoir la diversité et créer des ponts entre ces univers. C’est un projet ambitieux mais nous pensons qu’avec l’aide de tous, musiciens, promoteurs, publics et élus municipaux, il peut être réalisable et surtout que tout le monde a à y gagner.

« Pour ma part je défends l’ouverture des styles. Les crews ont trop tendance à s’enfermer dans un genre en particulier, que techno, ou house, ou drum, etc… »

Quand Laurent Garnier ne comprend pas pourquoi on écoute encore de la techno de nos jours et qu’il n’y a pas eu d’évolution depuis des années, qu’est ce que vous en dites ?

Lukas (TOR) : J’ai découvert la techno il y a maintenant 7 ans, alors que la house ça date seulement de ces 2 dernières années. J’écoute de tout (funk, disco, jazz, dance, rock un peu psychédélique) et je ne comprends pas pourquoi on n’écoute pas plus de tous ces genres qui ont forgés les musiques que nous écoutons aujourd’hui. L’autre souci, je pense, est que nous arrivons à un stade où la création musicale stagne un petit peu, en tout cas en terme de genre à proprement parler. On est trop axé sur un délire d’informatisation et peut être que les technologies nous empêchent de voir plus loin. Chaque genre est qualifié d’expérimental, avant de devenir un genre musical à part entière et met du temps avant de venir s’intégrer dans les codes de la société, pouvant même s’avérer être controversé par d’autres personnes.

Tom (TOR) : Je pense qu’au contraire il y a une évolution permanente. Il y a quelques années les gens ne juraient que par la minimale, puis il y a eu la tech-house. Maintenant ces 2 mots sont presque devenus des insultes et la mode est plus dans la house, la micro, les trucs plus deep ou au contraire la techno industrielle. C’est sûr que pour quelqu’un qui n’est pas initié on reste dans de la techno, mais c’est quand même marrant de voir comment chaque époque a son style. C’est pareil pour le hip hop, le rock et sûrement tous les genres, il y a des courants qui apparaissent, influencent et disparaissent. Par rapport à ses débuts, la techno est quand même sérieusement plus « aboutie » aujourd’hui, avec énormément d’ambiances, de textures et de précision.

CDM : Alors là on est parti dans un débat  et c’est assez dur de synthétiser ! Disons que nous croyons au phénomène des cycles. La mode est un cycle et la musique est une mode. Par ailleurs, les avancées technologiques ont largement influencé la création musicale. Un livre que nous pouvons vous conseiller à ce sujet de Jean Yves Leloup, Digital Magma, explique avec précision ce phénomène. Il est difficile aujourd’hui d’imaginer de nouveaux instruments et de nouvelles machines qui pourraient nous donner accès à une nouvelle façon de penser la musique ou de la créer. Nous rejoignons TOR sur ce point de vue. But Techno for ever !

Dans quoi serait l’avenir de la musique électronique en général, voire celui de la house et de la techno ?

Lukas (TOR) : Aucune idée. Je me focus sur ce qu’il se passe en ce moment !

Tom (TOR): L’avenir est certainement dans le mélange des sens. Aux débuts de la musique électronique, il n’y avait que la musique et la danse. Aujourd’hui les gens sont tous tournés vers le DJ, ils veulent du visuel, des sensations nouvelles. Le futur c’est ça, un show audiovisuel où les lumières et les images auront de plus en plus d’importance, tout ça dans le but de faire partir le public de plus en plus loin.

CDM : Nous pensons que les personnes qui écoutent, produisent et aiment la musique électronique sont les mêmes personnes qui feront les citoyens de demain. Et il y a un éveil des consciences sur beaucoup de points : l’écologie, la co-création, le partage. A l’image du reportage d’Utopie Tangible, Le Renouveau de le Fête, il y a une envie et un besoin chez le public et chez les acteurs de construire ensemble. Et cela passe par des collaborations comme nous le faisons avec TOR et par la création de liens particuliers. En témoigne le mouvement des Chineurs qui va au-delà des frontières françaises. Nous avons besoin de nous réunir, nous soutenir et donner du sens à ce que nous faisons.

La collaboration entre vous s’est faite rapidement et assez naturellement au final, qu’est ce que les uns apportent aux autres ? Peut on parler de complémentarité dans les univers ou deux collectifs qui vont dans la même direction ?

Lukas (TOR): On a pas mal de points communs : Louis (de CDM) est mon coloc, Morgan est admin de CDH (Chineurs de House) et moi je suis plus impliqué dans le post de track sur CDH. Le fait qu’on soit tous à Montpellier ça nous a donné envie de nous rencontrer et de faire des trucs cools ensemble. Le groupe CDM est arrivé petit à petit et au final leur asso a vu le jour. Personnellement, j’ai pu être plus ou moins directement impliqué dans la vie de CDM sans vraiment en faire partie.

Tom (TOR) : Les Chineurs ont cet amour de la musique qu’on partage avec le Twenty One Records. La recherche de la pépite ultime, c’est un peu ça le délire. L’artistique et la convivialité avant le business. On leur a donc proposé une collab’ à l’Antirouille parce qu’au final je pense qu’on peut dire qu’on avance dans la même direction oui.

CDM : Nous avons effectivement des intentions similaires : gommer la concurrence entre les entités et les associations pour faire monter ensemble la scène House et Techno à Montpellier. Les collectifs qui ont œuvré jusqu’à présent on fait du super boulot et heureusement qu’ils n’ont jamais abandonné malgré les difficultés. Nous ne citerons personne par peur d’en oublier car il y en a tellement. Aujourd’hui, nous voulons que chacun trouve sa place car la pluralité rend dynamique les villes comme la nôtre. Ce qui nous différencie de TOR, c’est notre volonté de changer de format, de sortir des clubs et des bars pour proposer des lieux et des événements alternatifs. C’est pour cela que nous avons proposé de faire notre inauguration à L’Anacrouse. Nous sommes d’ailleurs preneurs de bons tuyaux !

« Nous avons effectivement des intentions similaires : gommer la concurrence entre les entités et les associations pour faire monter ensemble la scène House et Techno à Montpellier. »

Vous célébrez ça a l’Antirouille le 9 Mars, vous pouvez nous donner le menu de cette soirée ?

TOR : C’est tout à fait ça ! Le menu c’est : une soirée pas chère (5€) dans un endroit hyper cool, l’Antirouille, avec une équipe qui sait faire confiance aux gens qui se donnent à fond ! Niveau son, ça va aller de la house à la techno, en passant par la micro, minimale et j’en passe. Comme on a dit juste avant on veut que tout le monde kiffe venir à nos soirées et s’y retrouvent donc on va trouver la bonne recette pour mélanger les goûts musicaux des 2 association et que ca soit une soirée de OUF ! Niveau artiste, côté TOR, on aura Le Chat et Abe, et côté CDM, on aura Morgan Dalbis et Longsigh, sans oublier notre Tecuni national qui s’occupera du mapping visuel. Et si ça peut montrer à d’autres assos que c’est bien mieux de s’allier que de se tirer dans les pattes, alors on aura touché le JACKPOT !

CDM : Entrée : Exposition Cosmos au bar le Circus de 18h à 1h. Exposition artistique, live art et performers à l’initiative de VBM. Une partie de l’asso de CDM, avec quelques amis pour assurer le son. Il y aura Pauline, Nathan (aka Shorty), Louis (aka Longsigh) et également nos potes James et Wendy.

Plat : Morgan Dalbis et Longsight à l’Antirouille pour deux sets résolument House !

Dessert : Si quelqu’un se propose pour l’after on est chaud !

L’approche se veut éclectique, entre cette volonté de rassembler et satisfaire les plus fins diggers et celle de brutaliser gentiment le public noctambule ?

TOR : C’est toujours un joyeux bordel pour organiser une soirée, faire plaisir à tout le monde (ne seraitce qu’au sein de l’asso) et faire kiffer les amoureux du dancefloor ! On essaye et on aime bien varier les artistes et les genres, qu’il y en ait pour tout le monde, pour les amoureux de la house mais aussi pour ceux de la techno.

CDM : T’as tout dis.

Vous voyez du potentiel dans Montpellier ? Que ce soit la ville où même en un public ?

Lukas (TOR) : (rire) C’est compliqué et ça dépend pourquoi. Pour la techno et la trance, c’est sûr qu’il y a un public. En ce qui concerne la house c’est un peu plus compliqué. C’est là qu’on voit que Montpellier est une petite ville. Mais si on ne pensait pas qu’il y a un potentiel dans cette ville, je ne pense pas que l’on aurait envie d’y créer davantage d’événements.

Tom (TOR) : J’entends beaucoup de critiques sur Montpellier. Certes tout n’est pas parfait, certes ce n’est pas ce que c’était il y a 20 ans mais il ne faut pas oublier que c’est pas une mégalopole. Ok il n’y a pas 15 soirées par week-end mais on a des clubs sympas, des petites programmations pointues, des gros festivals, beaucoup de bars, des free-partys et beaucoup de bons Djs et producteurs et surtout quelques organisateurs qui se donnent beaucoup de mal pour offrir de beaux bookings au public.

CDM : Bien-sûr, sinon nous n’en serions pas là. Nous sommes dans une région qui offre une multitude de possibilité, près de la mer, des rivières et des spots en pleines natures qui n’ont pas pu encore être exploité pour plusieurs raisons. C’est pour cela qu’il est essentiel de se rapprocher des élus de la mairie et nous remercions Matthieu Jaussaud de La Boite à Outils pour son travail. Co-créer nos événements avec le public et les autres assos est également essentiel pour pouvoir impliquer un maximum de personne. Tout est dans la manière d’aborder les choses.

« La mode est un cycle et la musique est une mode »

Qu’est ce que Montpellier aurait à apporter de différent pour se démarquer d’autres villes comme Paris ou à échelle sudiste, Toulouse ou Marseille ?

TOR : Contrairement à Marseille ou Toulouse qui ont une identité forte, Montpellier est une « terre d’accueil ». Ici, les gens viennent d’un peu partout et ça fait un bon brassage de mentalités. Il y a une ambiance de fête et de vacances à l’année ici. Certainement parce que c’est une ville à échelle humaine et qu’on a le climat avec nous. C’est ça qu’il faut mettre en avant, ici c’est un peu la Californie française. Les gens aiment venir faire la fête ici.

CDM : Montpellier a un certain background. C’est l’une des premières villes à avoir accueilli la musique électronique du temps des Spiral Tribes. Nous vous conseillons le livre de Laurent Garnier, Electrochoc, pour en savoir plus. Ensuite, nous avons connu l’époque Boréalis, puis le Bar Live. Malheureusement, depuis le début des années 2000, Montpellier est en déclin et beaucoup sont restés figés dans à cette époque. Ceci dit, avec un passif comme celui-ci, il est clair que la ville promet de beaux horizons. Il y a une nouvelle génération qui y croit dur comme fer et qui ont une réelle volonté de rassembler pour mieux rebondir. Il y a également de nouveaux disquaires qui ouvrent et à qui on témoigne tout notre soutien ! Axel avec SouthWax Record et le projet de disquaire itinérant d’Independant & Happy.

J’imagine que ça ne va pas s’arrêter là, les chineurs passe d’un premier évent à l’Anacrous réussi à l’Antirouille et Twenty One Records commence à enchaîner les dates, qu’est ce qui se prépare de chaque côté ?

TOR : On peut déjà vous dire que la prochaine TOR&Faction se déroulera à l’Antirouille en mai sur un jeudi encore. Il y aura également la Fête de la Musique, événement phare de l’année pour notre asso car on aime faire les choses vraiment à notre sauce ce jour-là. On ne fait jamais de line-up, dès qu’une personne veut passer 2/3 sons, il vient et le fait, peu importe le style, l’heure etc. L’important c’est que les gens kiffent et dansent. Et il y aura aussi les 2 ans du crew et d’autres événements qu’on va garder secret encore un petit peu car rien n’est joué. On vous en dit pas plus.

CDM : Pleins de belles de choses. Stay tuned  sur la page Chineurs de Montpellier !

Avant de clôturer l’interview, chacun de vous peux donner deux des meilleurs tracks chinés récemment ?

Cet éclectisme et ce gout pour la fête prendra forme lors de leurs soirée commune à l’Antirouille, à Montpellier, le 9 mars. Plus d’infos sur l’event.