~ Peux-tu nous parler de tes débuts dans la musique ?

On est en 1997, j’ai 15 ans, je suis à Strasbourg et je commence à travailler dans un magasin de disques qui s’appelle Soultronik. J’ai quitté l’école très jeune, j’avais un CAP/BEP vente dans un magasin de disques, donc c’était plutôt cool (rires). J’ai commencé à organiser des soirées un peu plus tard mais à 16 ans j’ai eu une résidence dans un lieu qui s’appelait Le Café des anges, qui existe toujours mais qui n’a rien à voir avec ce qui se passait à l’époque. Avant, c’était des passionnés de musique qui tenaient le lieu, il y avait le patron qui collectionnait de la musique latine et il jouait de la salsa à l’étage, des disques vraiment classe et en bas il avait ouvert le caveau. L’optique du spot c’était une carte blanche aux DJs qui commençaient le jeudi tous les soirs jusqu’à 4h. C’était une sorte de lieu où il fallait pas emmerder le patron ou les DJs. Ils appelaient ça le caveau « No way », pas de request sur les morceaux, on jouait beaucoup de broken beat à cette époque.

~ Strasbourg dans les années 2000, ça donnait quoi ?

« C’était bien ! Fin 90, début 2000, c’était cool. C’est une petite ville mais il y avait beaucoup de crew qui se bougeaient, il y avait RBS, une radio qui m’a particulièrement influencé quand j’étais gamin. Je l’écoutais toute la journée. C’était seulement des bandes enregistrées, pas d’annonces, on devait appeler la radio pour savoir quelles tracks ils jouaient et c’était vraiment pointu ! Du rare groove, de la drum’n’bass, du trip hop le matin, de la house l’après midi, des trucs anglais ou de « chicago »

~ T’as quitté ta ville il y a quelques années pour t’installer à Lyon, c’était quoi l’idée derrière tout ça?

« Oui, c’était il y a trois ans. J’avais tout simplement envie de bouger. J’allais à droite à gauche tous les weeks-end et la semaine, c’était mort. Ma femme a arrêté de bosser, j’ai eu un gosse et on s’est dit que c’était le moment. J’étais venu à Lyon quelques fois et cette ville m’a très vite plu. C’est le compromis parfait entre Paris et une plus petite ville de province. Ça reste à taille humaine et l’énergie est juste parfaite. Plein de gens qui se bougent et qui le font bien »

~ Vue de l’extérieur, on a l’impression que Lyon monte d’année en année. Des crews parisiens comme la Mamie’s s’associent à d’autres lyonnais et l’énergie semble palpable.

« On a les lieux pour et le public qui est bouillant. Je me rends compte quand je vais jouer ailleurs qu’on a un truc spécial à Lyon, même si tu vas dans des petits lieux ! Je pense à mon pote Labat qui a une résidence dans un bar associatif dans les pentes de la Croix Rousse. Tu rentres là dedans, les gens peuvent fumer et sont à fond sur des skeuds de funk, soul le jeudi jusqu’à 1h du matin. C’est assez drôle. »

~ Tu es rentré dans la famille du Sucre dès ton arrivée.

« Dès que je suis arrivé on m’a proposé une résidence et j’ai ramené le concept qu’on utilisait déjà sur Faces Records ( ). Sur les vinyles en dessous il y avait marqué « Children of the drum & repetitive beat lovers », c’était comme la signature du label. Du coup on l’a utilisé pour les soirées. »

~ C’était quoi l’idée derrière ces soirées « Children of the drum » ?

« Ils m’ont carrément donné carte blanche et je leur ai proposé ce concept qui est en quelque sorte mon set de 2h que je retranscris dans une programmation. Je passe autant de musique brésilienne, du funk, de la soul, du disco, de l’acid, ça part un peu dans tout les sens. Ca fait plus de 2 ans maintenant et la liste des invités est longue : Azymuth, Antal, Neue Grafik, Geology, Dego, San Soda, Boo Williams, Labat, Mad Rey, DKO et d’autres dont je ne me rappelle pas, c’est une fois tous les mois !

~ Des noms à révéler pour les prochaines soirées ?

« Cet été on fait tout un week-end qui commence à Paris au Rex Club le jeudi qui se termine le vendredi et samedi au Sucre. A Paris, il y aura Tom Trago et Monomite en live. Le vendredi on fait venir Marcos Valle, la légende de la musique brésilienne et le samedi Sweely en live ».

~ Qu’est ce que le Sucre représente pour toi ?

« C’est une belle famille, c’est un peu comme la maison. J’ai pas grand chose à reprocher au Sucre. Le club en soit est parfait, le son est top, j’aimerais juste descendre la scène un peu. Le public lyonnais se bouge tout le temps, c’est pas la porte à coté et ça affiche toujours sold out ! »

~ On a pu voir que tu entretiens des liens assez étroit avec l’Asie et particulièrement avec le Japon.

« J’avais fait mes premières tournées au Japon début 2000. J’étais resté là-bas avec une résidence dans un restaurant/club qui existait à Paris et qu’ils ont exporté à Tokyo. La première fois, c’était pour un mois. J’avais à peine 18 ans, j’étais même pas majeur là-bas et je suis donc resté quelques temps avec mon petit scooter. Il y avait tous les magasins de disques, c’était la folie. À l’époque je bossais pas mal avec Zero DB et Faces Records était distribué par Goya Music en Angleterre. C’était en quelque sorte les précurseurs de broken beat de l’époque et les premiers maxi que j’ai sorti c’était L’Aroye, un artiste sétois d’ailleurs. C’était il y a 15 ans, et Faces venait juste de naître et on sortait beaucoup de Broken Beat et Danilo (MCDE) s’appelait Cinematic Inverse et il sortait ses premiers maxis ».

~ Justement, comment s’est faite la rencontre avec MCDE, avec qui tu collabores maintenant depuis des années?

« Quand j’étais à Strasbourg, j’allais jouer à Stuttgart, on s’est rencontrés, il est venu avec des démos et on est rapidement devenus très proches. C’était les débuts de FACES et il a été comme l’élément déclencheur du label ».

~ Sète, le Worldwide, c’est une toute première pour toi. Qu’est ce que ça représente d’avoir été invité par Gilles Peterson?

« C’est un honneur ! Et pour une première année, clôturer l’après-midi à la plage, c’était dément ! »

~ Est-ce que tu as eu l’impression qu’ici le public est plus réceptif et que ton set a été forcement plus ouvert, plus pointu ?

« Je m’attendais pas à autant de monde et j’avais prévu de jouer de la musique brésilienne, c’est la plage et vu que j’en collectionne beaucoup, c’était l’occasion. Je suis parti là dessus. J’ai préparé un peu le début de mon set, mais je reste libre sur la suite pour partir sur de la house et des trucs un peu plus énervés. »

~ Des artistes qu’il ne fallait pas rater cette année ?

« MCDE bien sûr ! Dayme Arocena que je connaissais m’a mit une belle claque aussi. Après j’aurais bien voulu voir Sun Ra Orchestra, le samedi va être assez fou je pense, surtout avec Antal pour clôturer la soirée »

~ Quel serait le morceau que tu choisirais comme hymne pour le WF ?

« Si je jouais tous les jours sur la plage, je jouerais un bon disque de modern soul, un truc pour faire lever les bras, se rappeler qu’on est tous ensemble et passer un moment euphorique ! Ou alors un gros morceau de batucada! »