En guise d’introduction, contest DJ avec Paul Nazca

Presque officieusement, le festival débuta le mercredi 25 octobre dernier avec un contest DJ présidé par Paul Nazca, figure dominante de la scène locale. Cette année la cartographie des participants ne se limita plus à l’agglomération montpelliéraine mais engloba l’ensemble de la région Occitanie. En voilà du tri sélectif !

Le programme ? Quatre candidats, un set de trente minutes chacun, deux gagnants, direction I Love Techno Europe, aussi simple que ça. Et pour ce contest il y avait bien deux camps : le crew Montpelliérain et le crew Toulousain. Eh bien figurez-vous que c’est le premier qui l’a emporté. Chauvinisme ?

En tout cas Yuki, fraîchement installée mais très influencée par une scène parisienne des plus groovy, et Todd, biberonné à la house minimal des événements Bonheur ou des CODA, nous ont livré une performance encourageante. Après avoir descendu le saladier de Planteur, on a quand même réussi à jouer aux jurés et on a validé. Alors soit on a l’oreille, soit tout le monde était complètement bourré. Peut-être les deux ?

Contest DJ à l’Antirouille (crédit : Luis Pusey / Dernier Cri)

Déclaration de guerre : Pablo Valentino et Konstantin Sibold

Le premier week-end marqua quant à lui le début des hostilités, et il  faut dire que l’opening night du vendredi soir annonçait une bataille haute en couleurs. Derrière la tranchée improvisée du Willie Carter Sharpe se succédèrent Pascal Maurin, co-programmateur du festival Dernier Cri avec qui nous avions eu le plaisir d’échanger quelques mots en juillet dernier, et Pablo Valentino, producteur lyonnais et résident du Sucre. Côté no-man’s land, on remarque quelques déhanchés hors du commun et on bat la cadence entre deux cocktails apportés par des serveurs à moustache. Les deux soldats nous en mirent plein les oreilles, leur groove magnifié par une l’ambiance des plus feutrées et une décoration aux armes de la prohibition américaine. Un before qui échauffa donc tous nos muscles et nous entraîna avec plaisir rue de Verdun pour la seconde partie de soirée.

Pablo Valentino au Willie Carter Sharpe (crédit : Luis Pusey / Dernier Cri)
La foule du Willie Carter Sharpe (crédit : Luis Pusey / Dernier Cri)

Après quelques instants de flânerie en centre-ville, ce fut donc vers le Rockstore que se dirigea toute cette petite foule en délire venue écouter Konstantin Sibold, résident respecté du Rocker 33 et membre d’Innervisions. Nous ne savions pas à quoi nous attendre, ses sets ne se ressemblant généralement pas. Mais ce qui est sûr, c’est que nous ne nous attendions pas à autant de qualité musicale. Son passage entier suivit une trame quasi-scénaristique et mit un millier de clubbers en sueur, faisant du headbang un rite sensuel et des transitions un climax attendu. Alors, si ces réflexions mystiques sur ce que Sibold nous a fait vivre ne vous parlent pas, on vous laisse rattraper le coche et cliquer ici.

Konstantin Sibold au Rocstore (crédit : Luis Pusey / Dernier Cri)

Frénésie industrielle devant Chris Liebing

Une matinée de sommeil plus tard, ce fut au Dieze d’orner ses murs de l’étendard Dernier Cri. Un blason aux teintes blanchâtres de la techno, porté en ligne de front par un Amandra quasi-psychédélique et un Chris Liebing déchaîné. Rien de transcendant c’est sûr, mais certaines tracks nous donnèrent le tournis. Une fièvre agréable qui effaça le tonnerre de nos esprits et fit se dandiner tout un public venu en masse ce soir-là. Alors, si vous constatez également une augmentation de la chaleur de votre corps, n’hésitez pas à consulter notre diagnostique en cliquant ici.

Chris Liebing au Dieze (crédit : Luis Pusey / Dernier Cri)
Ambiance industrielle au Dieze (crédit : Luis Pusey / Dernier Cri)

Changement d’ambiance, direction l’Anacrouse pour l’expo « 313ONELOVE »

Vous êtes à la recherche d’une idée d’afterwork sympathique ? Optez pour un verre gratuit une exposition entre amis. Si le festival Dernier Cri est réputé pour sa démarche pédagogique, le programme de ce mardi soir sonnait comme un retour aux sources de le techno. Un voyage dans le Detroit d’hier et d’aujourd’hui, sur les pas d’une musique que beaucoup écoutent mais que peu connaissent. L’Anacrouse se prêta au jeu, ornant ses salles des photographies au grain délicat de Marie Staggat. Quelques clichés tirés de son ouvrage éponyme « 313ONELOVE » éparpillés au quatre coins de l’appartement. En slalomant parmi la foule, on eut même l’agréable surprise de trouver une table garnie de goodies en tous genres : cartes postales, stickers, et blocs-notes pour les plus chanceux.

L’exposition « 313ONELOVE » à l’Anacrouse (crédit : Luis Pusey / Dernier Cri)
La foule de l’Anacrouse (crédit : Luis Pusey / Dernier Cri)

Réveil matinal pour une journée aux Beaux Arts

Bon, on aime danser, mais 7h ça fait tôt. Cependant le pari fut intéressant : les membres les plus matinaux de notre équipe se déplacèrent avec joie à l’école des Beaux Arts pour un petit déjeuner musical de 7h à 9h. Derrière les platines se succédèrent Nicolas Bourriaud, directeur et commissaire d’exposition de la Panacée, et Martin Meissonnier, compositeur, réalisateur et ancien journaliste pour Libération. Les deux hommes distillèrent une musique des plus énergiques, entre house et techno, réveillant un public étonnement nombreux. Notre régie technique fit même le déplacement, c’est dire ! Ci-dessous le stream qu’elle y réalisa, encore assoupie dans son verre de jus d’orange.

Une bonne partie de la journée qui s’ensuivit fut consacrée à l’apprentissage de la MAO (Musique Assistée par Ordinateur) en compagnie de Scan X, un artiste techno que l’on aime beaucoup (surtout lorsque l’on décèle ses influences gabber), qui anima une masterclass en fin de matinée et début d’après-midi. Enfin, la projection du film étudiant « Where is my FESTIVAL », 5e opus du documentaire-fiction « Where is My Hacienda« , vint conclure cette journée à l’école des Beaux Arts. Mais très peu de répit pour les braves, puisque le soir-même se querellèrent à l’Antirouille les participants au second contest du festival, présidé par Scan X. Cette fois-ci, c’est Damien Massina et IDEM NEVI qui auront la chance de jouer live au Parc des Expositions en décembre prochain.

Contest live à l’Antirouille (crédit : Luis Pusey / Dernier Cri)

Direction la Panacée et le Diagonal, Jacqueline Caux nous instruit

Ce fut le cas par le passé et les organisateurs réitérèrent l’expérience : la Panacée nous reçut le lendemain le temps d’une conférence. De quoi se nourrir l’esprit entre midi et deux, et l’estomac si le porte-monnaie le permet. Cette année Jacqueline Caux, cinéaste et écrivain, fut l’invitée d’honneur. Marjolaine Casteigt, journaliste pour Trax, anima quant à elle la discussion. La thématique s’orienta autour de la question des labels indépendants, mais les deux expertes de Detroit nous en apprirent beaucoup sur la ville et le contexte de leur émergence.

En fin de journée le festival nous invita au cinéma Diagonal, où fut projeté le dernier documentaire de Jacqueline Caux « Never Stop – une musique qui résiste ». De Juan Atkins à Jeff Mills, le film retraça avec justesse les parcours des pionniers de la techno de Detroit et les histoires de leurs labels. Entre deux témoignages face-caméra on apprécia les images d’archives, celles plus actuelles d’une ville qui renaît de ses cendres et surtout, surtout, la bande son léchée des producteurs des premières heures.

Rencontre et débat avec Jacqueline Caux à la Panacée (crédit : Luis Pusey / Dernier Cri)

Atmosphère chaleureuse et soupçon de pluie : Agar Agar et Folamour

Qui dit dernier week-end de festival dit qualité musicale. Après un passage avorté au Tohu Bohu, le duo un peu rétro Agar Agar nous fit le plaisir d’investir la salle de Victoire 2 le temps d’un live complètement barré. Côté production, Armand nous envoya les kicks étouffés dont nous avions besoin : assez chargés en infrabasses pour nous faire vivre correctement ses boucles de synthétiseurs venues d’un autre temps. Côté chant, Clara nous amena dans une transe délurée dont elle seule semble avoir le secret, jonglant à merveille entre voix suave et caverneuse et vocalises possédées. On sauta dans tous les sens, et on ne fut pas les seuls.

En ce qui concerne le lieu, on apprécia la qualité sonore et les caissons nettement mieux réglés qu’au Dieze. De quoi ressentir corporellement les attaques musicales des deux comparses. On se souvient cependant du patio de Victoire 2 ouvert pour certains événements (Tropisme par exemple), on regrette donc l’inaccessibilité de ses tables de ping-pong et de son sauna. Mais avec le recul, le brin de pluie de ce vendredi soir nous força à diminuer notre tabagisme et à prendre un shoot de musique. Il n’y a pas à dire, on ne sentit pas contraint.

La seconde partie de soirée plaça le lyonnais Folamour derrière le DJ Booth. Du funk à la disco, le patron de Moonrise Hill Material et de FHUO nous fit voyager de PBM en BPM, honorant comme il se doit le niveau sonore du lieu. L’atmosphère conviviale qui se dégagea de sa house puissante sembla prendre au corps le public autour de nous. Alors quand vint le moment de repartir, on fit comme les autres : on s’en grilla une dernière en pestant contre une fin de concert qui nous semblait prématurée et on prit le parking comme un sas de décompression.

Agar Agar à Victoire 2 (crédit : Luis Pusey / Dernier Cri)
Folamour (crédit : Luis Pusey / Dernier Cri)

Dernières gouttes de sueur : Piñata B2B Les Chineurs et Voiski

Vis-à-vis du programme de ce début de soirée, rien de très surprenant nous concernant. Certains membres de notre équipe avaient été invités pour un mix à quatre mains au Black Out en compagnie des Chineurs de Montpellier. Les deux crews enchaînèrent pépites sur pépites et ravirent les oreilles d’un public plus nombreux qu’à l’ordinaire (et Dieu sait que le Black Out a tendance à se remplir facilement). Si vous étiez présents, vous devriez même retrouver certaines tracks dans notre jukebox … Shazam devient tellement mainstream !

Les Chineurs et Piñata, réunis le temps d’une soirée (crédit : Luis Pusey / Dernier Cri)

En ce qui concerne l’after, direction l’Antirouille, là où tout a commencé. Pas de contest cette fois-ci, mais un final en grande pompe avec comme tête d’affiche Voiski, producteur français connu entre autres pour composer dans l’avion entre deux bookings. Le cadre semble l’inspirer puisque l’on retrouve généralement dans ses sets un certain lyrisme, construit par des mélodies spatiales et hypnotiques venant arrondir la rudesse et la régularité de son rythme. Si le club se prêta relativement bien à son style assez expérimental, il eu tout de même des allures de fin du monde. Un moyen pour les programmateurs de clamer la fin du festival ?

Voiski à l’Antirouille (crédit : Luis Pusey / Dernier Cri)

En conclusion

Une grosse semaine de festival peut sembler conséquente si vous comptez participer à l’intégralité des événements. Mais malgré la fatigue des dimanches matins, on reconnaît aux organisateurs l’intelligence de la programmation. Le choix des événements et leurs horaires semblèrent adéquats, surtout lorsqu’il s’agit de jongler entre sorties culturelles et vie professionnelle. La semaine fut consacrée aux activités peu contraignantes et les deux week-ends de festivités se complétèrent à merveille, tant par l’éclectisme de leur booking que par leurs changements de lieux. Invité à explorer la ville et ses paysages sonores, le public put découvrir durant cette dizaine de jours des lieux qui font la richesse associative de la ville. On pense par exemple à l’Anacrouse ou au Black Out. L’occasion dans le même temps de s’approprier les institutions culturelles que certains ne fréquenteraient pas nécessairement le reste de l’année : le cinéma Diagonal par exemple, la Panacée ou encore l’Ecole des Beaux Arts. Un éclectisme à tous les étages donc, qui nous rappellerait presque le caractère immersif que permettent les festivals outdoor traditionnels.

Comme à son habitude, Dernier Cri s’inscrivit par ailleurs dans une démarche pédagogique, agrémentant sa programmation de conférences, de projections et de masterclasses. Cette année sembla placée sous le signe du retour aux origines de la musique électronique, explorant à plusieurs reprises la ville de Detroit et son histoire. La techno comme base de réflexion sur la musique, voilà le leitmotiv que l’on pensa déceler. On dansa au fil des soirées sur plusieurs générations de musique répétitive : de Detroit et ses débuts à Chris Liebing comme représentant de son versant allemand ; de Scan X et la décennie précédente au contemporain Voiski.

Mais peu importe le disc-jockey, toujours est-il que l’on dansa. Et c’est bien là l’essentiel : la programmation du festival fut relevée, qualitative et surtout originale. Il y en eut pour tous les goûts, pour tous les portes-monnaie et pour tous les âges. Il y eut des découvertes, des confirmations, des gueules de bois, des macarenas, de l’émotion et un maximum de bonheur … en bref, tout ce qui fit du festival un événement qu’on entendra sans doute crier une dernière fois.

 

Merci à Alix pour sa participation.