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Crédit photo : Antoine Monégier

ROMÉO ELVIS

« De tous les peuples gaulois, les belges sont les plus braves ». César avait déjà prévu le ras-de-marée belge qu’on s’est pris en 2016. Caballero et JeanJass cartonnent avec leur album « Double Hélice », notre B2o national prend Damso et Shay sous son aile ou encore Hamza qui défraie la chronique, 2016 aura été l’année de confirmation pour les rappeurs et producteurs belges. Loin du buzz et des clashs à la française, il y a comme une certaine unité, une convivialité qui règne. On nous avait pourtant averti en juillet dernier : Bruxelles arrive.

De notre côté, la plus grosse trouvaille belge de 2016 c’était Roméo Elvis. Son album « Morale » a tourné en boucle toute l’année. Un véritable coup de génie pour l’un des MCs de l’Or du Commun qui s’est clairement émancipé en compagnie d’un producteur qu’on apprécie énormément : Le Motel. L’association des deux fonctionne, les univers fusionnent à merveille. « Morale » embrasse les sonorités boom bap, trap jusqu’à la juke : on oublie les étiquettes de genres et on apprécie tout simplement l’album.

ICHON (BON GAMIN)

Ichon, c’est l’un des rappeurs de Montreuil qui a brillé en 2016 parmi d’autres comme Prince Waly ou Triplego. Un beau bout de chemin qui a commencé avec la team Bon Gamin qu’il forme avec Myth Sizer (qui aurait pu faire partie de ce top 5) et Loveni. Ce rappeur top model qui s’auto proclame FDP a toujours eu quelque chose de paradoxal. Schizophrène et talentueux, Ichon brille depuis 2014 avec des projets solo ou en collectif, multiplie les feats, mais ne perce pas réellement – du moins aux yeux des médias. Boycotté selon lui auparavant, 2016 lui a bien réussi.

Son dernier album #FDP sort en mai dernier avec des tubes comme « Marche ou crève » qui trainent toujours dans mes playlists comme « Dangerous » ou, « FDP », titre éponyme du projet. Les regards commencent à se tourner vers lui peu à peu, Ichon commence à comprendre les rouages de la sphère hip hop française. Annonçant son prochain album, le clip de « Si l’on ride » sort le 20 septembre dernier et confirme le fait qu’il ne ressemble à aucun rappeur lambda. Cassant les codes du rap français – MERCI ! -, il s’associe au producteur Muddy Monk qui lâche une prod entre pop et vaporwave. Ichon est toujours aussi schizophrène, paradoxal et par conséquent authentique. Son prochain projet « Il suffit de le faire » sort début 2017 et on attend ça avec impatience .

Retrouvez Ichon plus énervé que jamais sur « Zéro », aux côté de Prince Waly et Myth Sizer qui ont, sans aucun doute, également marqué 2016 avec leurs album « Junior ».

ALACLAIR ENSEMBLE

On va pas se cacher, on entend assez peu parler du rap québécois (rap keb). Pourtant le Québec regorge de producteurs et rappeurs. En 2013, Aisha Vertus témoignait déjà de l’authenticité de la scène beat montréalaise dans le documentaire « PIU-PIU, a film about Montréal beat scene » dans lequel apparaissent Poirier, Da-P, High Classified et un certain Kaytradamus aujourd’hui connu mondialement sous le nom de Kaytranada

Ma plus grosse claque québécoise de 2016 c’est Alaclair Ensemble qui nous l’a gentiment foutu. Entre la ville de Québec et de Montréal, ce collectif perdure depuis longtemps dans cette scène, qui selon eux reste encore trop peu représentée. Avec leurs influences multiples, leurs lyrics déjantés et leurs clips complètement barrés, Alaclair Ensemble donne une autre touche à ce que l’on appelle par chez nous « Rap français ».

Leur dernier album « Les frères cueilleurs », sorti le 2 Septembre dernier, a été acclamé par les critiques. Plus actuel que leurs projets précedents, l’album traverse l’Atlantique et fait enfin parler du « Rap keb ». L’un des tubes du projet « Ca que c’tait » a clairement marqué les esprits en France, laissant la porte ouverte aux producteurs québécois pour 2017.

EAZY DEW

Vous avez déjà surement entendu « Eazy Dew, pétasse » sur l’un de vos morceaux préférés. Également rappeur, ce producteur de l’ombre a contribué à l’envolée d’une toute nouvelle vague de MCs de la capitale. Josman, DTWEEZER, Le Huss, A2H, Tortoz et un certain Gracy Hopkins ont su tirer avantage de son aptitude à composer des beats bouillants. D’Amiens à Saint-Denis, Eazy Dew a fait un beau bout de chemin.

On a décidément vu son nom défiler au cours de ces 12 derniers mois. Son association avec Josman fait de Matrix l’un des albums phare de 2016 quand on parle de rap (ses prods sur « Doobie » et « Dans le vide » sont clairement les plus chaudes du projet). Celle avec le rappeur français (mais anglophone) Gracy Hopkins commence vraiment à faire parler d’elle – c’était déjà le cas avec « 2016 » – et ça s’est confirmé récemment avec « Man », un tube sorti de la compilation « Daruma Vol. 008 », clippé en octobre dernier.

À l’image d’une multitude de producteurs tiraillés entre les mouvances électroniques, hip hop et soul, Eazy Dew sort l’été dernier « Homea EP ». Accompagné de Mallia Lynn et Gracy Hopkins (en tant que MC ou avec son alias de producteur Kaisy Jay), l’abum a comme un air plus léger, à la Kaytranada, loin de ses prods plus sombres, conçues pour être rappées.

Même si il est davantage sollicité pour son talent de beatmaker que de rappeur, Eazy Dew est l’un des noms les plus importants de 2016 quand il s’agit de rap français. On espère que l’ascension continuera en 2017, toujours avec cette précision sur les collaborations.

DI-MEH

Les suisses commencent à faire parler d’eux jusqu’en France. On avait noté le projet de Marcel Polaire & Willy Sunshine en février dernier sorti sur le meilleur label suisse Feelin Music mais c’est bien Di Meh qui a marqué mon esprit pour 2016. Avec maintenant quatre projets à son actif, son nom est celui que je prononce directement quand ça jase rap suisse. À tout juste 20 ans, il s’est formé cette image de rappeur, skateur, cool et bien sappé. Fier porte parole de son pays, tout en étant bien implanté en France, 2016 a été la confirmation du travail accompli sur ses projets précédents.

Le tout dernier album « Shine » a bien fait parler de lui en mai dernier, c’est le cas de le dire. Travaillant aussi bien la production que son flow, « Rothchild » et « Shottagwan » (avec Tek.lun à la prod) ont été validés et confirmés directement par les internets. Comme ses projets précédents, il est sorti gratuitement sur Soundcloud et Haute Culture