Les deux créateurs d’United Nothing partagent une même passion pour l’analogique et un certain aspect visuel. Le premier se concentre sur la partie label et ce qui touche de près ou de loin la musique. Le second articule la marque avec la fabrication de skateboard et le lancement de la marque de vêtements. Ils était dans les studios de Campus Montpellier avec nous pour une longue discussion et un live. Retour sur cette rencontre.

~ Est ce que l’étiquette de « jeunes entrepreneurs » vous satisfait ?

Hugo : « Oui on est des jeunes entrepreneurs ça c’est sur. On travaille beaucoup pour mener à bien nos projets, après ce n’est pas forcement la meilleure définition. On est plus des rêveurs qui concrétisent ce qu’ils veulent faire. »

~ Il y a une marque de skate, un label de musique et un shop de vêtements ! Quelle est l’idée derrière cette marque, United nothing ? 

Idris : « Alors oui, United Nothing c’est l’agglomération de trois mondes : le skateboard, le vêtement frippe et la musique avec un label tapes. Montpellier c’est vraiment là où on s’est rencontrés et associés surtout, mais c’est aussi la Lozère et Mende où se situe notre atelier de fabrication de skate et où l’on récupère les vêtements. C’est à la fois un projet local et international parce qu’on va avoir une plateforme web qui sortira début janvier. »

Hugo: « L’idée qu’il y avait derrière c’est l’entente dans laquelle Idris avait un univers esthétique très fort avec l’utilisation de VHS, et moi j’avais également mon univers, et on s’est surtout entendus là dessus. L’idée de ‘comment s’implanter dans la région’ est venue en chemin. Au départ, on avait vraiment envie de collaborer et faire des choses ensemble tout simplement. »

~ Musicalement, vous avez un attachement à la cassette. Vous produisez des sons qui ne sortent pas dans ce format en général, pourquoi ce support ?

Hugo : « Ce qui est vraiment bien avec la cassette, c’est de produire des objets et supports de musiques physiques à l’échelle qui te plait. Les coûts sont quand même minimes, il y a forcement un investissement mais ce n’est pas le vinyle non plus ! L’autre alternative ce serait le CD mais c’est pas vraiment sexy. « 

Idris : « La cassette c’est surtout l’analogique, le grain de la cassette. De mon coté, l’utilisation de la VHS pour la vidéo c’est avant tout un rendu. Graphique pour moi, je pense que pour Hugo c’est également un rendu, un grain … »

Hugo : « Alors oui … il ne faut pas non plus tomber dans l’histoire du grain. Si j’ai commencé la cassette, c’était surtout pour avoir un support fini dans le temps. Un mp3 dans un ordi, quand t’as 100 gigas, tu le perds, tu peux enregistrer 50h de musique … Le moindre coup c’est un atout, mais c’est aussi le support d’enregistrement. Je peux me dire : j’ai soixante minutes , j’ai un sceau, je vais le remplir. Ça c’est stimulant ! »

~ La cassette a été présente au début du hip hop, elle revient depuis des années dans la sphère beatmaking avec enormément de labels qui s’y remettent. C’est donc assez lié au hip hop selon moi. J’irais même jusqu’à dire que c’est rare d’avoir de la house/techno/ambient pressé sur cassette ?

Hugo : « En fait non, y’en a plein. Il y a assez peu de sorties house techno sur cassette, mais quand il s’agit de musique plus électronique/ambiant, des trucs plus pointus, ouais c’est différent. C’est souvent des producteurs qui s’étaient mis au vinyle et ont re basculé vers la cassette depuis un ou deux ans. En général ils sortent ce qui est plus orienté club en vinyle et les productions plus expérimentale en cassette. C’est d’ailleurs ce qu’on prévoit de faire. Il faut satisfaire les DJs et leurs donner de quoi mixer tout de même. Sortir un vinyle d’ambiant, c’est sympa, c’est joli si t’as une belle pochette et c’est un coût. Le vinyle pour moi ça reste pour mixer, et le marché du vinyle tourne d’ailleurs pas mal grâce – où à cause – des DJs qui restent au vinyle. »

~ Pour passer à la marque « united nothing », de la fabrication de planches de skate jusqu’à la vente de vêtements, est ce que vous pouvez nous en dire plus ? 

Idris : « La fabrication de skate se fait à Mende principalement, on a l’atelier là bas mais les machines à Rodez. J’ai rarement habité dans la même ville, j’ai toujours la bougeotte puis au final j’ai rarement habité dans la même ville longtemps. Entre Paris, Mende, Montpellier j’ai pris cette habitude de beaucoup bouger et pas hésiter à aller voir d’autres horizons pour trouver de meilleurs endroits et des personnes différentes. La Lozère c’était vraiment une terre d’accueil, ils ont vraiment été rapidement intéressés par le projet, qui apporte une nouvelle image. Pour les planches de skate par exemple, on utilise du bois de là bas, avec des acteurs locaux. Pour ce qui est des vêtements, on récupère des fringues là bas et ailleurs dans des assos qui sont dans la frippe. On récupère, on trie et parfois on assemble, et ça se retrouvera sur le site, qui sera bientôt disponible. »

~ Vous avez un Kisskissbanbank qui a très bien marché d’ailleurs.

Idris : « Oui, l’idée c’est d’inclure des personnes dans le projet qui peuvent, si elles le souhaitent, devenir actrices de notre développement. Du coup, on reste pas mal en contact avec eux et on les remercie également. On a forcement des contres parties qui commencent à 5 euros donc même les apports les plus faibles seront récompensés. Ça va de la visite de l’atelier jusqu’à l’explication du processus de fabrication d’une board en direct. On te fait même ta board et on te la signe ! Aprés il y a beaucoup de goodies, des tee-shirts casquettes etc… »

~ Vous vous lancez aussi dans l’évènementiel, il y a eu la résidence de plus d’un mois à la Casa Bondels et la UN NIGHT au Royal Occupé. Pourquoi s’installer dans ce lieu ? 

Hugo : « Le royal c’est assez unique. C’est un ancien complexe cinéma récupéré par une bande de jeunes activistes qui transforme cet endroit en un lieu culturel important, c’était forcement une occasion à saisir ! »

Idris : « Je l’ai connu en tant que cinéma plus jeune. Rentrer dedans, voir comment ça a été aménagé puis animé, par rapport à ce que c’était, ça fait vraiment plaisir de voir tout ces projets et super concerts qui se montent progressivement. »

Hugo : « Au début il y avait quelques soirées à petite échelle, sans réelle organisation, mais depuis deux mois il y a de plus en plus de projets de plus grande envergure. Il y a quelques semaines il y avait encore un concert de jazz, les types ils étaient balèzes ! Un truc que j’adore aussi c’est le public. C’est l’une des seules salles ou c’est aussi mélangé. »

~ Vous pouvez nous en dire plus sur la line up ?

Hugo : « La line up était longue et super diversifiée. J’ai toujours voulu voir dans un club lors d’une soirée techno un set de noise en plein milieu. Je me suis dit : pourquoi on voit jamais ça ? Pourquoi on verrait pas un concert de métal en plein milieu d’un set techno ? C’est peut-être une idée à la con mais comme je suis un fan producteur de techno et que j’apprécie également beaucoup l’ambient, avec tout ce qui gravite autour, j’ai voulu réunir les deux univers. J’ai donc invité des connaissances qui font du ambient/noise et des copains Djs, dont deux gars de Marseille, RP, qui font de la house plus deep avec beaucoup de hardwares, machines, synthés analogiques. Du coup pas mal de monde au line up, et pour la longueur des sets, ça varie. 

~ Merci beaucoup, un dernier mot de fin ?

Idris : « Hmm, le reste est secret … sinon on espère que ça va continuer à marcher, ça fait un an qu’on travaille dessus !