crédit: Manon Jalibert

~ Salut Raär, tu as commencé par produire avant de te mettre à mixer, Cette direction s’est elle imposée logiquement ? Ou voyais-tu cela comme un accomplissement personnel ?

Un an après avoir commencer la production, j’ai fait quelques tracks qui ont quelque peu buzzé. Je pense notamment à « Leave me in my broken dreams » et « Sometimes I hear sirens ». J’ai donc eu quelques demandes de bookings et c’est tout naturellement que je suis passé au mix.

~ Tu oscilles entre acid, lo-fi , deep, techno, breakbeat, ce qui est très éclectique au final. Comment qualifierais-tu ta musique ?

Mes productions dépendent vraiment de mon humeur. J’essaie de ne pas trop me mettre de barrières concernant le style, de mélanger des textures ambient avec un beat plus puissant. Concernant mes sets, je pars d’une base techno en y incorporant des sous-genres tels que l’indus’, le breakbeat, l’electro ou la deep. Je suis curieux et toujours en quête de nouvelles sonorités, je ne m’impose rien mais ma musique reste de la techno avant tout.

~ Il me semble, que tu ne souhaites pas t’ancrer dans un style. Est-ce que l’avenir de la musique électronique passe par l’affranchissement des codes ?

Oui je ne veux pas rester bloquer dans un style particulier.  J’essaye de faire évoluer mon projet et de faire ce qui me plait uniquement. Je ne me force jamais pour produire quelque chose lorsque je suis en studio. Mes productions doivent venir instinctivement et tant pis si c’est quelque chose de différent, au contraire ça me permet de me découvrir davantage. Je n’ai pas spécialement envie de m’étaler et de créer plein d’alias comme certains artistes peuvent parfois le faire.

~ On a pu lire dans une interview que tu étais régulièrement étiqueté « lo-fi » sur RA ou Mixmag. En tant qu’artiste, est-ce dérangeant d’être catégorisé de la sorte ?

Ça ne me dérangeait pas au début. Pour moi la lo-fi renvoyait aux sons de labels comme LIES, Trilogy Tapes ou Berceuse Héroïque. Maintenant quand tu parles de lo-fi ce sont des édits RNB 90′ avec le drumrack Ableton 909, une disto et un limiter sur le master … On nous ressert la même soupe à chaque track.

Presque tous les artistes sont associés à un courant musical qui semble leur être propre. Mais de nos jours il est de plus en plus difficile de le faire tant les genres deviennent hybrides, quel regard portes-tu là dessus ?

Je pense qu’il ne faut surtout pas se mettre de limites et se faire son propre style, produire et jouer ce que l’on veut. Je pense qu’aujourd’hui tout devient hybride effectivement, et le public semble mieux le comprendre aussi.

crédit: Manon Jalibert

~ Que penses-tu du nouveau paysage électronique français, en particulier de la nouvelle génération, avec des hubs tels que Paris ou Lyon, Bordeaux, et des nouvelles têtes qui s’imposent ?

C’est vraiment très attrayant. On voit émerger pleins de bons petits labels qui arrivent à sortir des vinyles intéressants. Je soutiens à fond House Plants Records de Toulouse, Renascense, House For Her à Paris et mon label coup de cœur, Amygdale Records !

~ Quels sont les endroits que tu affectionnes le plus pour t’exprimer ?

Mon studio ! Sinon à Paris je n’ai pas de coup de cœur pour un club en particulier. Il y a le Rex pour le son, mais l’ambiance y est bizarre, je ne m’y sens pas à l’aise. Ma maison c’est Bassiani, en Géorgie !

~ Tu as collaboré avec La Chinerie sur Chineurs de House – Cimetière du Hi-Fi avec “Make Up Your Mind”, un morceau  progressif, acid et aérien. Peux-tu nous décrire sa composition ?

Je produis sur machine, donc ma façon de produire est vraiment très classique avec un synthé’, le beat, la basse et les effets, et enfin le  mastering.  Je produis en live, c’est à dire que j’enregistre tout d’un coup puis je modifie un peu sur Ableton et j’ajoute d’autres éléments en overdub.

~ En parlant de La Chinerie et de ta collaboration avec eux, que penses-tu de cette communauté de puristes, de leur rapport très étroit avec le public et de cette fédération autour du digging ?

Je me souviens qu’au début je me moquais un peu d’eux.  Pour moi c’était le genre de puristes à faire des sets 100% vinyles parce que ça sonnait mieux. En fin de compte, c’est une super communauté, ils ont réussi à monter un festival et quand ils m’ont booké pour leur anniversaire au Sucre, le public était top !

~ Le festival Tohu Bohu définit lui-même sa programmation comme « Underground ». Cependant il est de plus en plus difficile de définir ce mot tant il est employé et tant les barrières entre “puristes”, “accessibilité” ou “popularité” s’effacent. Qu’est-ce que ça veut dire « underground » aujourd’hui ?

Il n’y a plus vraiment d’underground aujourd’hui à cause des réseaux sociaux, c’est super simple de retrouver ton artiste. Désormais, n’importe qui peut décoller avec une simple track comme Dj Boring par exemple. Ceux qui veulent vraiment rester underground et faire leurs plans de leur côté y arriveront aussi.

 

 

~ As-tu un top tracks à nous proposer ?

C’est leur nouvel EP que j’arrête pas de jouer. Il me rend dingue : tout est parfait, les textures, les drums …

Un producteur Italien au top en ce moment. Son EP sur Opal Tapes est vraiment cool, il mélange un peu de techno, de noise et d’ambient. Il y a tout ce qu’il faut et c’est très mental en club.

IHM sur Arts, un de mes labels favoris. Que demander de plus ? Magnifique EP encore une fois, c’est puissant et il y a pleins d’émotions, c’est très beau.

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Le festival Tohu Bohu se déroule gratuitement à Montpellier du lundi 24 juillet au mercredi 26 juillet sur le parvis de l’Hotel de Ville de Montpellier. Plus d’information, cliquez ici.