2017. Bien que l’on ne s’attende pas à un miracle, le passage à la nouvelle année nous offre l’occasion de faire un bilan. Ce bilan, c’est un petit pas en arrière, un retour sur cette année qui nous a procuré plus de musique et de surprises que l’on en espérait. Le jazz anglais continue de monter en flèche, le rap francophone semble maintenant avoir pris un virage certain, et la musique électronique se teinte de sonorités nouvelles.

Tyler the Creator – Flower Boy

Le hooligan du rap américain a bien changé depuis son album « Goblin », sorti en 2011 où la violence reignait aussi bien dans ses sons que dans ses textes. Son quatrième projet n’est cependant pas moins engagé. Tout aussi intime et expressif, le rappeur de 26 ans présente quelque chose de plus doux, plus soul. La majorité des morceaux (si ce n’est « who dat boy » ou bien « i ain’t got time ») explore une face d’avantage « pop », tant à travers leurs productions qu’à travers leurs textes aux messages plus positifs qu’avant.

Wayne Snow – Freedom TV 

On n’en sait pas tant sur Wayne Snow, si ce n’est son origine – nigérienne, et son pays de résidence : l’Allemagne. Ce dont l’on est sûrs, c’est que sa direction artistique et son entourage vont le mener loin. La preuve avec Freedom TV, où sa voix se prête à quelques-uns de nos producteurs les plus en vue du moment : Neue Grafik, Max Graef ou encore Nu Guinea.

Kiefer – Kickin it Alone

Son nom ne vous dit peut-être encore rien, mais Kiefer est l’un des beatmakers et virtuoses du piano les plus en vue. De ses “tributes” à J Dilla aux apparitions dans les festivals de Jazz, le californien s’est surtout bâti une réputation solide dans la sphère des beatmakers west coast. Après s’être emparé de Soundcloud, sa définition soulful et jazzy du hip hop a attiré les faveurs de Stone Throw pour aboutir sur l’une de leurs plus belle sorties : « Kickinit Alone ».

Rone – Mirapolis

Comme d’habitude chez Rone, les drums sont efficaces et les nappes atmosphériques. Le jeune français est passionné, on le voit bien en interview. Mais l’adjectif qui nous vient est “perfectionniste”. Il est vrai que les anglophones ont une expression qui semblent taillée pour le producteur : “on point”. La musique de Rone a du sens et elle transporte ; elle est pure, belle, et plus que tout, elle se révèle en live.  “Mirapolis” fait donc du bien, trois ans après son dernier album studio. Mention spéciale pour les morceaux “Faster” et “Brest”.

Steve Lacy – Steve Lacy’s Demo

C’est en février que le membre du groupe « The Internet » sort son premier projet solo. 13 minutes de son (largement assez pour nous clouer le bec) brut, enregistré via un séquenceur sur son iPhone. Trois éléments : des drums, une basse et une guitare rythment la plupart des tracks, poussées par la voix du jeune californien. Une démarche très DIY (Do It Yourself) à l’image de cette génération de bedroom producers. Un projet à couleur indie rock, mais dont les influences hip hop et néo-soul se font sentir à chaque break.

 

Ichon – Il suffit de le faire

Un article correct de notre part aurait restreint le top annuel aux seuls sons d’Ichon. Du freestyle chez Kombini à la mixtape, les featurings pour Myth Syzer – qui a d’ailleurs produit la majorité “d’Il suffit de le faire” – auront échauffé le rappeur de Bon Gamin de la meilleure des manières. Entre l’esthétique léchée du crew parisien et le flow entêtant du MC, on se savait plus où donner de l’ouïe cette année. L’album – qui n’en est pas un – est à écouter d’urgence : une heure d’apnée dans l’univers torturé du très classe Ichon, que vous ne regretterez pas.

 

Salami Rose Joe Louis – Zlaty Sauce Nephew

Avec un nom de scène de la sorte, Salami Rose Joe Louisse présente déjà comme un ovni. De son apparence douce et innocente surgit une multi-instrumentaliste et vocaliste originaire d’Oakland diablement douée. Toujours sur l’excellent label Hot Record Societé – qui abrite notamment par intermittence le beatmaker belge Shungu, son dernier album « Zlaty Sauce Nephew » nous avait fait oublier tout les malheurs du monde, le temps de 32 morceaux.

 

Isha – La Vie Augmente 

On en aura encore entendu parler du rap belge cette année ! Entre les projets de Damso, Hamza, Roméo Elvis, Jean Jass et Caballero, la nouvelle face du rap francophone a su captiver. Derrière les portes-drapeaux du mouvement, une équipe, une famille de rappeurs. L’un d’entre eux ne nous a pas échappé. Isha n’est pas nouveau dans le rap jeu, anciennement psmaker, le bruxellois a sorti « la vie augmente » en avril, un EP de 10 titres. Isha s’inspire des tendances, des codes, pour n’en reprendre que le meilleur, et le combiner à son charisme, à sa voix et à l’énergie qu’il injecte dans chaque morceaux. En cadeau de Noël, le rappeur nous a même livré un premier extrait de « La vie augmente II » , disponible en 2018.

 

Tito wun – Tito Wun Edits

Quand les beatmakers s’éloignent de leurs habitudes et d’un 90bpm, souvent trop catégorique, on est toujours agréablement surpris ! Sous son alias Tito Wun, l’allemand Twit One sortait en juin dernier « Tito’s Edit », un premier EP flambant sur AVA Records. Six edits house, disco qui rappellent les beaux jours et un soleil radieux.

 

 

Quelle Chris – Being You Is Great, I Wish I Could Be You More Often

Le rappeur de Detroit a sorti cette année son 5ème album sur Hello Group Music, avec toute une équipes d’artistes venus collaborer pour l’occasion, tant au feat qu’à la prod. Toujours aussi cérébral dans son approche, il nous parle des difficultés qu’un artiste peut rencontrer dans son travail. Un “rap conscient” d’outre atlantique teinté d’humour noir et de psychédélisme, qui apporte de la longueur à l’ensemble. Les beats, au tempo lent effleurant parfois l’expérimental, offrent un rendu mélancolique, fataliste mais néanmoins coloré par un certain espoir. Celui de combattre les démons intérieurs qui sommeillent en chacun de nous.

Esa – Aweh

Sans aucun doute l’une des plus grosses claques que l’on a pu prendre dans la face cette année. En une release sur Dekmantel, on porte dorénavant le sud africain Esa Williams dans notre petit coeur. Que ce soit à travers ses émissions sur Worldwide FM, son travail sur Highlife avec Auntie Flo ou ses expérimentations électroniques, on espère que 2018 sera marqué par de nouveaux projets de sa part.

 

Habibi Funk – An eclectic selection of music from the Arab world

La musique arabe est un domaine dont les portes ne sont encore qu’entrouvertes. Si la part d’ombre sur le Maghreb s’ouvre peu à peu à nous, c’est bien grâce à Janis Sturtz et Habibi Funk. Entreprit dans un premier temps comme une activité parallèle à son label Jakarta, le succès de ses mixs et des précédentes releases ont fait de lui l’un des diggers les plus avertis du domaine. De loin la plus poussée, An eclectic selection of music from the Arab world révèle la musique arabe d’un nouveau point de vue. Loin du rock et de la funk de son égérie Fadoul, la compilation témoigne d’un large spectre d’influences encore inédites pour de la « musique arabe ». Du disco au zouk jusqu’à l’AOR libanais ou à la bossa.

Photay – Onism

Le producteurs multi-instrumentaliste Photay a fait du chemin depuis son projet éponyme sorti en 2014. Avec le même soutien indiscutable des quelques meilleurs tastemakers internationaux, son deuxième album sort en aout sur le label new-yorkais Astro Nautico. Sous ce même leitmotiv de l’exploration des sons synthétiques électroniques et des rythmiques traditionnelles, Photay continue à s’essayer à différent spectres musicaux pour délivrer son album le plus abouti. Onism est un bijou qui traversera le temps de façon insouciante.

Lunice – CCCLX

Premier album solo du producteur et pourtant, “CCCLX” réussit l’exploit de devenir l’un des albums de l’année. Il faut dire que “Lunice”, c’est l’anagramme quasi-évident de “qualité”. Voilà quelques années qu’il n’avait rien sorti, et cette stratégie lui réussit, puisque chaque track en deviendra un classique. On ne regrette pas grand chose à l’écoute de l’album, sinon peut-être l’époque de TNGHT, le duo qu’il forma un jour avec Hudson Mohawke…

Ezra Collective – Juan Pablo the Philosopher

Londres et le jazz, voilà deux mots clés à retenir pour 2018. Le nombre d’artistes talentueux qui émergent d’Angleterre est, littéralement, à couper le souffle. Le jazz ne ressemble plus à ce qu’il a pu être. Le vent dans le dos, les anglais brisent les codes, s’approprient le genre, le mêlent à d’autres et le rendent comestible pour toute une nouvelle génération. Du côté d’Ezra Collective, le jazz se cuisine avec l’afrobeat et fait de « Juan Pablo: The Philosopher », l’une des plus belles sorties de l’année.

Jitwam. – ज़ितम सिहँ (selftitled)

Son nom nous est de plus en plus familier. D’origine indienne, vivant à New York, Jitwam est l’un de ces producteurs qui transcendent les genres et les styles de musique. S’il n’en est pas à son coup d’essai, ce nouvel album sur Cosmic Composition confirme cette similarité entre l’avant-garde, le free jazz des année 50/60 et le beatmaking moderne. Fermez les yeux et offrez-vous ce moment de relaxation.

Blawan – Nutrition

La techno de l’allemand d’adoption n’est pas grasse. Elle n’est pas non plus nécessairement taillée pour les clubs, mais elle fait le taff. En maintenant huit ans de scène, le producteur nous avait habitués à ses textures, à la dynamique particulière de ses morceaux et à cette manière toujours pernicieuse de faire balancer nos coeurs entre danses frénétiques et explorations mentales. Sur six titres, Blawan semble donc s’accomplir ; presque d’avantage lui-même qu’il n’aurait pu l’être pendant toutes ces années.

Tsuruda – Move

La bass music fait rarement preuve d’originalité. Et pourtant, ce n’est pas faute de potentiel. L’américain l’a bien compris et redonne au genre ses lettres de noblesse, slalomant comme peu d’artistes entre textures sombres, infra-basses gutturales et off-beat maîtrisé. L’année aura été productive pour le trio Noisia, mastodonte de la drum’n’bass, qui signera par la suite quelques belles sorties expérimentales. On pense à Former ou Maere, entre autres.

 

Népal – 445e Nuit

Rares sont ceux qui ont déjà aperçu son visage. Le plus souvent caché derrière un masque ou effacé par sa capuche, Népal n’en reste pas moins un acteur important du rap français, notamment à travers ces nombreuses collaborations (Doum’s, Nekfeu, 75e session, l’Entourage…). 445e nuit, suite logique de son projet précédent (444nuits), mêle une ambiance cosmique quelquefois sombre aux instrumentales sans prétention, mais d’une efficacité considérable.

 

Delakeyz – Our Roots

Delakeyz, c’est l’alias du beatmaker Melodieinfonie lorsque celui-ci tend à s’aventurer dans des paysages plus house et club. De ce voyage en ressort un EP où il explore des sonorités plus tribales, mêlées à des percussions et de bons accords de Rhodes comme on les aime. Côté remix, le casting est plutôt badass entre le mancunien Contours (Banoffe Pie rec / Rythme Section) et Monny Me de Lagaffe Tales.