~ Comment vous est venue l’idée de vous rassembler, de créer le crew BPM ?

Julie (Metaphore Collectif) : Lors du positive Education Festival l’an dernier. Nous avons fait une interview croisée entre Positive Education, Metaphore Collectif et BFDM pour Tsugi. On a lu le rendu et on s’est dit qu’il y avait quelque chose à faire. Nous sommes amis avant tout, nous avons la même idée de la fête et de la musique, alors on s’est dit qu’on devait se lancer et monter une tournée ensemble. Judaah et moi, nous travaillons pour BI:Pole en tant qu’agents de booking. Moi, je représente les Fils de Jacob et les artistes de Metaphore Collectif et Judaah ceux de BFDM. Cela a bien entendu facilité les choses puisqu’on a pu proposer des plateaux pour ces artistes.

~ Vous cassez complètement les codes de l’électronique française. Vous êtes anti managers, anti boîtes de production, vous faites tout vous même, entre potes comme on dit. C’est quoi l’idée derrière ?

Les Fils de Jacob (Positive Education) : Et bien, on est jamais mieux servi que par soi même. De manière indépendante, on a tous des esthétiques bien particulières.

Judaah (BFDM) : DIY, c’est le mot d’ordre, oui.

Julie : Nous n’avons confiance qu’en nous même. Certains nous ont fermé pas mal de portes au nez, on a galéré avec de petits moyens physiques et financiers, donc au bout d’un moment, on s’est dit qu’on allait leur montrer ce qu’on savait faire. C’est vraiment plaisant d’être entre potes, de ne dépendre, ni de rendre de compte à personne. S’il faut enfoncer des portes à coups de pieds, nous le faisons.

~ Si vous continuez à grandir comme cela, vous n’avez pas envie de quitter cet esprit DIY ?

JudaahNon. Nous voulons rester dans cette mentalité le plus longtemps possible, bien que cela ne soit pas facile, surtout dans ce milieu. Cependant, tant que tu restes fidèle à toi-même, que tu respectes tes engagements, tu ne perds pas tes valeurs, et c’est important pour nous.

Julie: C’est aussi un moyen de peser davantage, l’union fait la force comme on dit.

~ D’ailleurs, comment vous voyez la scène électronique française aujourd’hui et l’esprit clubbing ?

LFDJ : Malheureusement elle se répète, on ingurgite toujours les mêmes line-up, ça tourne un peu en rond, et ça ne véhicule rien non plus d’ailleurs.

Julie : Je pense qu’il y a d’un côté ceux qui se décarcassent et qui n’ont pas assez de visibilité, à qui on ne donne pas la possibilité de travailler, et de l’autre il y a les plus gros qui avalent tout.

~ Qu’est ce que vous avez envie de dire à cette homogénéité house/techno récurrente en France ?

LFDJ :  Et bien, qu’ils écoutent de la musique ! Peut être que ça leur fera du bien !

~ Et que voulez-vous lui apporter ?

LFDJ : Nous voulons faire découvrir d’autres choses au public, créer un regain d’intérêt.

Julie : Il y a un énorme fossé entre ceux qui viennent pour faire la fête et ceux qui viennent pour écouter de la musique. Notre rôle est de replacer tout ça au centre. Un peu plus d’intérêt pour la musique changerait pas mal de choses selon moi.

~ Qu’est ce que vous pensez de cette programmation du Bon Air ?

Judaah : Travaillant sur la prog’, on a soufflé quelques noms. Malheureusement, Marseille a cette culture un peu tech house, alors je pense que le festival possède une carte à jouer en se démarquant par rapport à sa proposition.

Julie : Vivant à Marseille, il y a tout à faire ici car il y a peu de concurrence.

~ Judaah, tu as dis à Trax : “Je vais écouter un artiste que j’apprécie vraiment mais me retrouver enfermé avec 300 kids défoncés, pour une place à 15 balles et un verre à je-ne-sais-pas combien ; c’est pas mon truc ni celui de mes potes”. Qu’est ce que l’idée d’une soirée à la BFDM ?

Judaah : C’est ce que propose le festival Positive Education, de placer l’artistique au premier plan. C’est à dire une prise de risque au niveau de la programmation. Cette prise de risque permet de fidéliser un public qui est en recherche de renouveau, de liberté artistique et musicale. Les gens n’ont plus l’habitude ni la volonté de sortir en club, car comme tu le citais, ils en ont marre d’être confrontés à tous ces gamins qui viennent que pour le kick et ne portent aucune attention à l’aspect artistique. Malheureusement, il y a une réalité économique à cause du sponsoring et des prix élevés. Lorsque l’on voit certains gros festivals qui ont été rachetés, leur line up ne signifie plus rien, en tout cas aujourd’hui. Notre nouvelle génération a peut-être une carte à jouer en alliant aspect financier et qualité musicale, c’est à mes yeux peut-être ce qui sauvera cet univers sinon c’est foutu…

Julie : Il y a peu d’endroits en France qui osent, mais il y en a quand même. Il faut allier réalité économique et le fait de prendre des risques sur des programmations audacieuses qui permettent d’éduquer le public.

~ Pensez-vous que le public est en recherche de nouvelles choses ? D’un line up plus audacieux comme vous le dites ?

Julie : Cela dépend des publics ; il y a celui qui vient pour la musique et dans ce cas, tu peux lui proposer ce que tu veux, il te suivra car il a envie d’écouter de la musique. Puis tu as le public qui vient pour faire le fête, pour se déglinguer, et tu peux booker n’importe qui. Ce travail de pédagogie doit se faire dans la communication évidemment, mais dans une communication humaine.

LFDJ : Il y a beaucoup de gens qui ne connaissent pas la musique vu que les médias ne parlent pas de ce qu’on écoute, donc le festivalier va faire la bringue, mais lui-même ne sait pas ce qu’il écoute. Il n‘est pas informé, il est perdu.

Julie : Il y a peu de médias qualitatifs qui possèdent une grande visibilité et pourraient changer la donne. Même si certains parlent de nous, il y a cette uniformisation. On a l’impression d’être mis dans le même panier alors que non, Positive Education c’est Positive Education et BFDM c’est BFDM.

Judaah : Ces médias sont en relation avec les grands festivals. Il ne font pas de différence au sein de la musique électronique. Selon eux, elle est divisée en deux, entre la house et la techno.

~ Vous ne pensez pas que de plus en plus d’artistes essayent de sortir de ces cases et de proposer une musique qui croise les genres ?

Judaah : Il y en a toujours eu même si certains commencent à être connus aujourd’hui parce qu’il y a une espèce de mode autour de ça…

~ Tu peux nous présenter ton crew, sa naissance ?

Judaah : Au départ BFDM c’était un collectif avant d’être un label. Il n’y avait pas de plan marketing. J’ai rencontré les Pilotwings et je suis tombé amoureux de leur musique, donc je leur ai proposé de faire un disque ensemble. Moi même, je ne viens pas de la musique électronique, je viens du reggae et du dancehall, mais je suis curieux. J’ai financé mes premiers disques par moi-même et cela a fonctionné, car c’est un travail d’équipe avec tous les membres du label.

Julie : Metaphore Collectif s’est construit différemment. Nous sommes nés dans la volonté de proposer à Marseille une musique qui était peu représentée et qui était pour le coup teintée techno. On a voulu se mettre à l’extrême de ce qui se faisait, quelque chose de très dur, de très froid et on s’est réuni autour de cette idée là, d’organiser des événements à Marseille avec notre nouveau lieu qui est un local associatif. Puis, petit à petit, de s’ouvrir à d’autres formes musicales (par exemple Shlagga, qui est fan de dub et de metal) car on s’est sentis à l’aise de le faire.

LFDJ : Pour nous c’est encore différent, vous imaginez à St Etienne, il n’y avait même pas de tech house ! C’est nos bénévoles qui ont été managés pour devenir des artistes. On a commencé à organiser certaines choses il y a 7 ans, et aujourd’hui, on vient de recevoir le premier disque de l’un de nos jeunes. On a débuté avec notre collectif d’organisateurs de soirées et c’est en faisant ces soirées que tout le monde s’est mis à faire de la musique.