Décrit comme issu de la culture Internet, Borgore est une superstar au parcours étonnant. Après avoir étudié le saxophone, l’israélien se tourne vers la batterie et monte un groupe de death-metal avec des amis. Il découvre ensuite la MAO et se lance dans le « dubstep » (qui n’a ici de dubstep que le nom), et monte quelques années plus tard son label Buygore – plutôt explicite. Depuis, on se croyait à l’abri de voir resurgir un nom qui nous rappellerait les heures les plus sombres de nos années-lycée, et pourtant. Sans doute l’un des artistes les plus versatiles de la scène EDM, c’était sans compter la rencontre entre Borgore et la vraie musique. Dorénavant jazzman de talent lorsqu’il pose ses doigts sur les touches d’un piano, il n’aura fallu au producteur que quelques années de quasi-standby et deux instrumentistes – le très bon bassiste sud-africain Gilad Abro et l’israélien Aviv Cohen à la batterie – pour signer six titres (sincèrement) réussis.

On vous voit venir, Borgore n’a rien d’un Chick Corea ou d’un Thelonious Monk, et soyons sérieux, vous n’aurez probablement pas de frissons à l’écoute d’Adventures In Time. Chroniquer ces quelques morceaux de Borgore nous semble pourtant pertinent. D’abord car il n’y a rien de plus artistique qu’un artiste qui sort de sa zone de confort, ce qui est appréciable. Ensuite, car on a beau aimer le jazz chez Piñata, il faut voir la réalité en face : les jeunes s’abonnent plus facilement à UKF Dubstep qu’ils n’écoutent John Coltrane. Et en ce sens, Borgore met un pied dans la porte chez toute une génération de fans qui ne jurent que par lui. Quand d’aucuns se rendront compte que les frontières de la musique s’étendent bien au delà des wobbles et de Fruity Loops, il nous incombera alors de les orienter vers ce qui se fait de mieux aujourd’hui. En attendant, on aime l’initiative, et on se risquerait même à dire que l’on aime le résultat – oups.

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