~ Question simple mais évidente: comment es-tu devenu « Folamour » ?

Je n’ai pas embrassé la house immédiatement, si l’on peut dire, bien que lui tournant autour. J’étais plus réceptif à d’autres styles. On peut dire que l’on s’est tombés dessus il y a un peu moins de dix ans. J’ai tout d’abord commencé à mixer grâce à un ami à moi qui avait des platines. Au départ, j’avais du mal avec les productions sur ordinateur puis, un jour, j’étais bloqué chez moi, j’ai chopé Ableton et j’ai commencé à produire.

~ De quels styles parles-tu, justement ?

Je venais de la scène hip-hop, principalement. Il faut dire que la house et le hip-hop se ressemblent, à différents tempo certes, mais on retrouve le même sampling, la même façon de produire ou encore les même émotions. Le beatmaking aussi se rapproche sensiblement de celui de la house. Le jazz et la soul m’inspirent également. Je me suis donc mis à sampler à la fois de la soul et du jazz dans de la house.

~ La French Touch a aussi eu sa part d’influence sur toi ?

Oui, quand j’étais gamin, avec les Modjo. Maintenant un peu moins, même si je redécouvre de temps en temps quelques artistes qui ont moins cartonné à l’époque.

~ Tu as déjà ton label, Moonrise Hill Material. L’année dernière, tu en as créé un nouveau :  FHUO. Cela ne te suffisait pas ?

J’ai monté Moonrise Hill Material avec trois collègues. Le soucis, c’est que valider une sortie sur MHM (Moonrise Hill Material, ndlr) doit se réfléchir à quatre et cela prend beaucoup de temps, chose qui est précieuse. Le style musical est lui aussi limité puisqu’il faut que le projet nous plaise à tous. De mon côté, j’ai fait la connaissance d’artistes intéressants dans différentes villes, je ressens ce besoin d’aller toujours plus vite et de m’entourer d’autres personnes pour avancer. FHUO est arrivé dans cette optique : celle de rencontrer des gens qui proposaient une musicalité inadéquate avec le projet MHM mais que je voulais quand même soutenir. Leur musique méritait d’être présentée, et de fait, j’ai fondé FHUO Records que je gère seul. J’y ai plus de libertés en tant qu’artiste.

Ethyene, Folamour et OKWA.
Crédit: Tawfik Akachar

~ D’ailleurs, lorsque j’écoute les productions sur FHUO, j’entends quelque chose de plus dowtempo, il y aurait donc une esthétique propre à FHUO ?

Oui, tout à fait, l’objectif était de ne pas reproduire ce que je faisais sur MHM. Sur FHUO, tu peux par exemple parler de la sortie du dernier LP de Tochigi Canopy (ndrl : « Collecting Things »), qui touche à l’ambient, c’est très cinématographique. Cet LP n’aurait par exemple jamais pu sortir sur MHM. Par ailleurs, si je veux faire une sortie full instrumental jazz, je peux le faire.

~ Il y a eu une conférence pour le festival Dernier Cri à la Panacée (jeudi 8 novembre, ndlr) intitulée “Labels indépendants, une utopie?”. Toi, tu en gères deux. Est-ce une utopie selon toi, ou est-ce un moyen de se rassembler entre artistes DIY ?

Oui et non. Oui car il y en a de plus en plus, certains se concrétisent et cela crée une dynamique. Mais dans un autre sens, c’en est une car tu ne peux pas réellement être indépendant. Tu es obligé de passer par de nombreuses étapes et prendre en compte des partenaires. Le DIY pour un label n’est pas possible, tu as besoin de personnes pour faire le mastering, le cut, le pressage, d’autres pour distribuer digitalement aussi… Pour nuancer, le fait que la house soit aussi forte aujourd’hui, c’est grâce à tous ces labels qui explosent dans certaines petites villes et qui tirent les promoteurs vers le haut. La house vit très bien grâce à cela, en France particulièrement où l’on dispose d’une scène incroyable.

~ À ce sujet, certains artistes ou spots t’ont marqué récemment en France ?

Je ne pourrais même pas vous sortir de noms tellement j’en repère d’intéressants en ce moment. Je suis le premier étonné de découvrir constamment de nouveaux artistes, particulièrement lorsque je digge sur le net.

~ Tu as participé à la soirée “Encore – Lyon vs Paris” au Transbordeur. Celle-ci met un point d’honneur à la connexion entre les deux villes. Comment considères-tu cela, y a-t-il un axe Lyon-Paris ? Un certain équilibre musical se met-il en place ?

Oui, il y a une scène parisienne et une lyonnaise bien sûr, mais je trouve inintéressant de devoir cataloguer les artistes d’un point de vue géographique. Énormément d’artistes se bougent, et ce, indépendamment des villes. J’en dénombre tellement aux influences diverses que je ne pense pas qu’il y ait un son plutôt “parisien” ou un son plutôt “lyonnais”.

~ Ces deux villes s’imposent néanmoins comme des “hub” et se veulent représentantes d’une nouvelle vague, d’une inspiration pour de nombreux artistes. À Lyon par exemple, une certaine énergie est en train de se développer.

On peut dire que ce sont les deux villes où il se développe le plus de choses, oui. Il y a quand même une grosse histoire avec la musique électronique à Lyon et à Paris. Personnellement, je ne m’attache pas trop à cela, je me sens parfois plus proche musicalement d’un russe ou d’un sud-africain. Concernant Lyon, ce qu’il se passe là bas est génial, des nouveaux crews explosent sans cesse, de nouvelles salles émergent, il y a une énergie débordante et cela fait du bien à notre pays !

~ Aujourd’hui c’est la 3ème édition du festival Dernier cri, avec une belle programmation, non ? Qu’en penses-tu ?

Je suis heureux de jouer sur la même scène qu’Agar Agar, on a déjà joué ensemble auparavant. Après, je suis moins sensible à certaines mélodies plus dures et brutes mais je ne peux qu’admirer cet éclectisme et les risques qui sont pris dans une ville où parfois, les choses ne sont pas si faciles. C’est un festival qui essaie de promouvoir une culture musicale que j’essaie moi-même de défendre, donc c’était une évidence pour moi de rejoindre le line-up.   

~ Un festival comme celui-ci aurait-il sa place à Lyon ?

À Lyon, il y a aussi des complications, mais ce ne sont pas les mêmes qu’à Montpellier. Il y a beaucoup d’offre, il y a sans cesse des projets innovants qui émergent. Il s’agit de proposer du contenu novateur et de s’implanter dans des lieux adaptés à ce que tu proposes.

~ Au delà de la variété, il y a aussi ce côté pédagogique comme la transmission de valeurs. Toi, Folamour, qu’est ce que tu aimerais transmettre aux jeunes qui écoutent de la musique électronique ?

Je leur conseille d’explorer sans cesse, d’aller chercher plus loin. Il ne faut jamais se contenter de ce que l’on a. C’est une erreur de se restreindre à aimer uniquement ce que l’on connaît, un style musical que l’on affectionne ou de se baser sur des normes que l’on nous impose. Je trouve que c’est l’un des défauts de la culture électro-underground : se fixer des limites sur des artistes que tu n’as pas le droit d’aimer. Cela fait le lien avec le festival d’ailleurs, des gens sont venus pour voir jouer Agar Agar, qui sont programmés avant moi, et ne me connaissent pas du tout. Ils vont se retrouver avec moi qui vais leur jouer deux heures de soul, de funk de disco et peut-être qu’ils n’en écoutent pas du tout. Certains apprécieront, d’autres moins, mais au moins ils auront écouté et auront appris quelque chose.

~ Cette culture underground dont tu parles faisait partie intégrante de notre rapport à la musique. Quelle connotation ce mot “underground” à t-il alors aujourd’hui ?

Eh bien, il n’a plus de sens, il renvoie à une utopie des années 90. Avoir envie d’être écouté uniquement par soi et ses dix potes (rires), pour vulgariser le terme, n’a aucun intérêt. Produire de la musique pour qu’elle ne soit pas écoutée reste assez futile. Si tu en produis et que tu en es convaincu, au regard du temps que cela te demande, il faut la partager à un maximum de personnes. C’est très important de diversifier son écoute, ne serait-ce que pour se faire un avis.

~ Il y a des échos en ce moment concernant les beatmakers qui seraient de plus en plus référencés à des styles avant-gardistes comme le free jazz. On avait un débat entre nous hier par rapport à l’influence du jazz sur la house, notamment avec Bellaire. Toi, comment considères-tu cet univers ? T’influence-t-il ?

Je considère le jazz comme un genre « noble » car il en découle tout un tas d’usages inimaginables. Je pense au free jazz par exemple, oui. J’estime qu’il faut s’inspirer de tout cet univers, et prendre en considération la place qu’il porte désormais. Il y a tellement à apprendre, vous parliez de Bellaire qui va pomper dans ce jazz swing des années 20 ou Henry Wu et Yussef kamaal qui lorgnent du côté d’un jazz plus brut. Pendant un certain temps, il avait disparu de la circulation, il y a eu très peu de communication autour. Bon, légèrement à l’époque de St Germain qui en était obsédé. Mais je constate qu’il y a un gros retour depuis 2010 et j’espère que cela va continuer. J’espère que ce retour va inciter les programmateurs et les musiciens à collaborer, et ce, malgré le manque de moyens pour organiser des soirées où l’on peut voir des instruments sur scène, sur un format clubbing. C’est important de pouvoir transmettre cette énergie, différente, c’est ce qui donne ce côté authentique et naturel.

~ Et toi, tu aimerai travailler avec des instrumentistes?

Oui. Je travaille d’ailleurs sur un album qui devrait sortir fin janvier avec un ami qui compose sous un nouveau nom. C’est un projet qu’on ne réalise qu’avec des synthés et des instruments, et on jouera sur scène avec.

~ Tu parlais de découvertes pédagogiques. Est-ce que tu essaies de retranscrire cela dans tes sets, de surprendre tes auditeurs ?

Oui, j’essaie de les surprendre, j’essaie de les faire bouger sur des choses sur lesquelles ils ne danseraient pas habituellement. Après, la plupart des DJs travaillent dans cette optique, celle d’amener les gens quelque part.

~ Tu as été programmé au Dimension en Croatie l’été dernier. Comment s’est passée ton séjour ?

Au départ, des potes de Paris faisaient une Boat Party sur le festival. Je me suis tout de suite projeté. De mon côté, j’avais déjà joué avec les types du Dimension en dehors, à Paris. On a eu un gros feeling. Ils m’ont donc contacté pour jouer deux fois sur le festival. C’était une édition difficile, il a plu. En plus, c’était la première fois qu’il pleuvait de l’année, une catastrophe, beaucoup d’événements annulés ! Personnellement, j’ai eu la chance de pouvoir jouer sur l’une des trois ou quatre boat-parties (sur une vingtaine) confirmées. Sinon, très beau public et de belles rencontres. Faire partie d’un plateau comme celui-ci est très stimulant !

~ L’année prochaine sur le Worldwide ?

(rires) On verra. Retourner au Dimension ou pouvoir jouer au Dekmantel serait génial ! Mais tout comme le Worldwide et son ambiance. Après, je suis un peu en stand-by en ce moment, je suis assez occupé.

~ Tu as un petit top tracks à nous filer, pour finir?

Yes, avec plaisir ! Alors…

Discodog – I’m gonna break your bones.

C’est de la disco des années 90, assez déjantée.

 Straight from the heart (Joey Negro Edit)

L’edit completement fou de Joey Negro que je joue souvent en ce moment.

Yussef Kamaal – Black Focus

Evidemment.

 

Une interview menée avec l’aide de Maxime et Raphael, dans le cadre du festival Dernier Cri.