Si les web-radios musicales explorent le vaste terrain de jeu qu’offre Internet, leurs structurations, leurs développements et leurs directions ne sont en aucun cas figés.

Malgré tout, une première évidence se dégage : si ces radios diffusent leurs programmes sur Internet, il ne faut pas oublier qu’elles sont diffusées d’un lieu précis (pour la plupart d’entre elles) et que jusqu’ici des humains les coordonnent. Pour Laurent Bassols, fondateur de Rinse France à Paris, « le lieu est une nécessité, mais la zone géographique ne représente finalement que peu d’intérêt ». Pour lui, il ne s’agit pas obligatoirement de créer un lieu de hub, mais d’être accessible, de créer un lieu de rencontre qui rassemble les acteurs de scènes fragmentées. On parle alors d’un lieu – le studio – où se fédèrent artistes, curateurs et Djs, mais aussi d’une plateforme virtuelle – la web-radio – où la liberté de programmes rassemble des auditeurs en manque d’originalité face aux radios traditionnelles.

Malgré tout, est-ce que ces web-radios n’aspirent pas à évoluer vers le FM et son audience ? Sur cette question, les avis restent généralement mitigés. Face au geste d’un automobiliste qui « zappe » sur son auto-radio, pour Orphey de Jong (Red Light Radio), le passage vers le FM est une « utopie romantique ». De plus, il s’agirait de se limiter au local, alors que la web-radio donne les clés d’une audience mondiale. Touché. Pour Lucas Bouisson, la tentation disparaît subitement quand il imagine cette liberté, dont il jouit avec Lyl Radio, s’évaporer face à des contraintes de diffusion de contenu. « Les web-radios sont bien où elles sont » ajoute Laurent Bassols, même si lui et le reste des intervenants rêvent d’un annuaire et un référencement des web-radios musicales.

Si les radios souffrent parfois d’un problème d’audience lié à leurs moyens de diffusion, certains ont trouvé dans la vidéo une façon de « reach » une audience plus large, peut-être moins sensibilisée à la radio et au contenu que proposent celles que l’on évoque dans ces lignes. Paradoxalement, Laurent Bassols et Louis Bouisson ont développé dans leurs radios respectives une certaine politique du « non à l’image ». Pour LYL Radio, l’image est un confort installé dans notre génération. Les web-radios ne doivent pas faire partie de ce phénomène ; et au delà, la musique doit être préservée comme un plaisir d’écoute et de pédagogie. Si Red Light Radio s’adonne particulièrement au streaming vidéo sur Facebook, la politique de Rinse est légèrement plus contrastée, privilégiant les émissions exclusives. Selon lui, la vidéo appartient à d’autres médias, tel que Boiler Room.

Finalement, la grande question qui se dégage aussi bien des professionnels que du public : vers quel(s) modèle(s) économique(s) se dirigent les web-radios musicales ? Comment rémunérer son équipe ? Alors que Louis Bouisson évoque brièvement la délocalisation de sa radio dans un bar lyonnais en septembre, le modèle associatif de la cotisation et du droit d’adhésion reste l’un des socles de financement de Lyl Radio. Face à des rentrées d’argent faibles, les prestations, les partenariats et l’événementiel restent un autre moyen de s’auto-financer ; même s’il ajoutera qu’il « faut avancer prudemment ». Si Rinse FR fut financé par la maison mère londonienne, les différentes activités parallèles développées par ses membres actifs répondent aux besoins et aux rémunérations qu’implique la web-radio. Laurent Bassols ajoutera tout de même que la radio perdure grâce au dévouement de ses bénévoles qui assurent le bon fonctionnement du studio – et la coordination de plus de 10 émissions par jour. À Amsterdam, les moyens de financement de Red Light Radio sont tout aussi divers que ses interlocuteurs, s’étendant de la curation d’événements et de festivals aux autres prestations.

La conférence est à visionner dans son intégralité (en 360°, s’il vous plaît).