Depuis son passage au studio il y a quelques mois, on suit d’assez près l’évolution de Leo Roi, quelque peu paniqués à l’idée que le projet le plus irrévérencieux du sud de la France ne s’essouffle. Si d’aucuns diraient que l’autotune mal réglé et les déclarations d’amour envers Marion Maréchal ont trop duré, le MC au kimono n’hésite pourtant pas à bousculer ses propres codes. Finis les montages vidéo en carton-pâte, la production se veut dorénavant léchée et quasi-professionnelle. Il en va de même pour les sujets favoris de l’auto-proclamé meilleur rappeur français, qui dérivent de Valérie Damidot aux contrées les plus gangsta de l’Asie de l’est – avec une pointe d’irrespect paradoxalement constante. Le sarcasme, ingrédient magique de la formule Leo, est évidemment au rendez-vous. « Chinois Gang » canalise ainsi la majeure partie des clichés sur les asiatiques et vous les sert en accompagnement de votre ragout de pékinois. Il va sans dire, on apprécie d’ailleurs l’ironie des références à la culture nippone.

Côté featurings, le couplet du jeune Nue nous apporte un peu de répit après plusieurs minutes d’ « ultra chinois » criés et répétés, suivi de près par un 齐昆羽 des plus énigmatiques. Hyperactif sur Soundcloud mais trop peu écouté, le rappeur montpelliérain redonne à « Chinois Gang » les harmonies qu’il tend à perdre au profit de l’humour. Le troisième homme, que l’on suppose chinois, délivre quant à lui une performance étonnante, sans aucun doute la plus subtile du trio – si l’on en croit les sous-titres. On vous le concède, on ne le connaît pas, mais comme l’écrit si bien Leo Roi : « les sons de 齐昆羽 sont dispos sur l’Internet chinois ». Débrouillez-vous avec ça. Bref, les trois artistes se complètent finalement de la meilleure des manières, pour un résultat tout en nuances, qui s’écoute aussi bien qu’il se regarde.

Et des choses à voir, il y en a. Les effets faussement cheap abondent entre les images subliminales, et les fonds rougeâtres vous éclatent joyeusement la rétine. Incroyable mais vrai, le clip se veut pourtant esthétique et cohérent. La farine coule à flots et les déguisements bon marché rivalisent avec les les transitions soignées. Cependant, on ne peut s’empêcher de sourire à l’idée des rushs qu’auront reçu les vidéastes. Le gang ne s’en cache pas, aucune performance ne mérite un Oscar ; le clip reste un joyeux bordel, et surtout, un délire entre potes. Et c’est bien là le génie de Léo Roi : tourner des images qui se subissent, au choix, sobre ou arraché – de toute manière, les paroles vous resteront en tête. Car sur fond de basses saturées, sous les bambous et derrière un masque blanc : le turn-up est bien présent. On dit merci Leo Roi.