Petit tour d’horizon des dernières tendances

À l’heure où les basses grondent dans les quatre coins du monde, où les festivals se multiplient et où les concerts ne cessent de se programmer, un simple club en périphérie ne suffit plus. Le public de plus en plus pointu accorde toujours de l’importance au système-son, qui est essentiel, mais aujourd’hui il souhaite également être surpris, étonné et surtout dépaysé le temps d’un instant. Les organisateurs l’ont bien compris et tous se démènent pour avoir LE lieu le plus insolite, à l’architecture particulière, ou le plus inattendu dans ce genre de soirée.

L’intérêt de ces nouveaux projets réside dans l’ambiance sonore et dans l’immersion, deux aspects qui passent entre autres par le lieu. En 2017, Ben Klock lance Photon, une nouvelle expérience alliant son, lumière et architecture. Chacune de ses soirées est alors organisée dans un espace à l’architecture spécifique, des grands plafonds du PrintWorks aux extérieurs de l’Avant Gardner, jusqu’au cœur de New York. La perle rare : un lieu à l’impression minimaliste, mais dans lequel, aussi bien la lumière que le son se diffuseront de manière à créer une ellipse temporelle. Le colosse de la techno n’est pas le seul, Montpellier et son fameux Family Piknik emmenait le public sur le tarmac de l’aéroport pour une soirée hors du commun le 2 juin dernier. Un dancefloor unique en son genre en bord de piste, le tout agrémenté de la douce lumière du coucher de soleil.

Le festival Hibernation, édition 2017
Le festival Hibernation, édition 2017

Certains ont même décidé de se consacrer entièrement aux lieux insolites. On note sur Paris les soirées Fée Croquer bien sûr, aux hangars tous plus impressionnants les uns que les autres. C’est le cas également du SIRK festival à Dijon, neuf événements en l’espace d’un mois, dont l’endroit diffère pour chacun. L’équipe à sélectionné par exemple un boulodrome dans un hangar, qui permettra aux festivaliers de se sentir en Provence l’après-midi en disputant une partie de pétanque, un petit jaune à la main. Puis dans la soirée des DJs se relayeront pour faire trembler le sol. La fois d’après ? Une soirée dans un cellier voûté, pierres apparentes, pas plus de deux ou trois mètre de hauteurs, qui au XVIIème siècle conservait du grain et du sel. Le festival à également réussi à obtenir une ancienne base aérienne militaire transformée en aéroport privé. Des lieux atypiques qui ne sont pas pressentis pour accueillir ce genre d’événements, mais qui permettent de découvrir et promouvoir une architecture souvent cachée ou peu connue du grand public.

Pour les amoureux de la montagne il en va de même. Que ce soit le Brox festival dans les Deux Alpes ou bien Hibernation à Pas de la Case en Andorre, les festivals se sont implantés au cœur des domaines skiables pour permettre un mélange de tout-schuss et de danse, dans un cadre peu habitué des kicks, basses et synthés qui, souvent, peuvent avoir un écho incroyable.

Le World Club Dome : Zero Gravity
Le World Club Dome : Zero Gravity, par BIGCITYBEATS

Les organisateurs sont donc prêts à tout pour amener la musique toujours plus loin et découvrir l’expérience de demain. En février dernier la web-radio et société allemande BigCityBeats a donné la chance à vingt personnes de nationalités différentes, ainsi qu’à trois DJs, d’embarquer à bord d’un Airbus A310 Zero G pour une démonstration en dehors de toute imagination. Vingt-cinq minutes d’apesanteur au rythme de la musique, grâce au vol parabolique. Plus aucune gravité, aucun repère, impossible de taper du pied, simplement explorer de nouveaux mouvements grâce au flottement du corps.

L’architecture du lieu – et plus largement l’environnement – est donc omnipotente pour la musique électronique. Le lieu d’une soirée conditionne alors la réussite de cette dernière. Plus rien n’arrête les organisateurs qui débordent d’imagination pour apporter de la nouveauté, désorienter leur public et l’immerger dans des univers sortis tout droit de l’imaginaire. On remarque donc clairement que le monde n’est pas en reste lorsqu’il s’agit de se diversifier en terme de lieu, et il peut être légitime de s’interroger sur les raisons d’un tel engouement pour l’insolite.

Les villes comme première influence

Petit saut dans le passé : les artistes se sont beaucoup servis de l’architecture des villes pour leurs influences musicales. Prenons Detroit par exemple, la techno y est apparue pendant les années 80, et c’est tout un environnement qui a permis son développement. Les maisons de banlieue étaient plutôt grandes, sur deux étages, avec des salons permettant aisément l’installation des premiers « studios » de musique. En pleine période « Motor City », les classes moyennes dont les parents étaient salariés vivaient convenablement. Et à l’époque, les instruments de musique se vendaient à des prix attractifs, ce qui a contribué à former l’oreille musicale des plus jeunes. Jeff Mills a d’ailleurs confié à Trax Magazine « La plupart de ceux qui ont lancé la techno à Detroit sont issus de la classe moyenne. Tous ceux que je connais avaient des familles où les parents travaillaient, ils ont été au lycée et à l’université, et ils adoraient juste la musique« .

Exemple de maisons de la banlieue de Détroit

Pour Berlin c’est la chute du mur qui a démocratisé la techno. Certes, grâce à l’importation des sonorités de Detroit, mais ces dernières n’étaient pas assez avant-gardistes pour certains artistes. Berlin étant ravagé par la guerre, c’est son architecture à l’abandon qui a permis l’explosion des soirées et des raves au cœur des hangars et des bâtiments désaffectés. De même pour New-York, les « Community center » ont permis aux jeunes ayant diverses influences musicales de se retrouver en leur sein et de mixer librement. Les jams sont donc apparus en masse au cœur de ces espaces de partage, davantage qu’au coin des rues New-Yorkaises. Un mix entre rap et rnb qui inventa le hip-hop.

Il est donc évident que l’environnement urbain a nettement contribué au développement et à la création des styles musicaux. Ce sont d’ailleurs ces lieux si propres à chacun qui ont fait la popularité des genres. Alors pourquoi aujourd’hui cela ne suffit plus ? Pourquoi le public est-il sans cesse en quête de nouveauté ?

Club Tresor à Berlin dans les années 90, lors de la pose des néons

Le plus difficile ? Se démarquer

La pluralité est le maître mot du XXIème siècle, choisir un festival ou un concert relève d’un véritable défi tant le choix est conséquent. Les organisateurs doivent donc se démarquer pour faire venir les fêtards. Bataille entre les survivants de l’underground et la modernité des lieux les plus fous, on assiste donc à une émergence de nouveaux lieux quasi-constante.

Jakob du collectif parisien Fée Croquer s’est confié à la rédaction sur le sujet. Spécialisés dans les lieux insolites, ils proposent des soirées dans différents endroits en essayant de surprendre un public parisien toujours plus exigeant. « Depuis trois ans une cinquantaine de collectifs a vu le jour sur Paris, et les clubs ne donnent pas toujours une place importante aux nouveaux promoteurs, il faut donc se démarquer« . Il rajoute que « c’est une prise de risque d’organiser une soirée dans un lieu atypique, mais c’est surtout une liberté artistique« . Il est vrai que lorsque le lieu est neutre, c’est au collectif de tout organiser et de tout penser, de l’ambiance décorative au système son, en passant par l’emplacement idéal pour la scène ou pour le bar. Sur chacune de leurs soirées l’enjeu est donc important. Il nous confie néanmoins que « le lieu ne fait pas tout : à Paris le public est extrêmement exigent et pointu, il faut donc avoir un line-up parfait et surtout une bonne time table car il y a énormément de concurrence. Beaucoup se sont plantés car ils n’ont pas assuré sur un point, que ce soit le bar trop lent, le système-son mal placé ou un line-up trop faible. »

Anniversaire des 3 ans de Fée Croquer

Le collectif nous confirme donc la forte émergence des lieux atypiques, principalement due à l’apparition de nombreux promoteurs, et à leur volonté d’apporter une nouvelle manière de faire la fête pour le public sans la pression d’un patron de club pour les organisateurs. Mais aussi une véritable liberté de créativité pour développer une soirée unique. Cependant, le line-up d’une soirée reste l’élément essentiel, tout comme son système son. Le public pointilleux ne laisse donc rien au hasard et attend toujours la soirée parfaite sur tous les points. Les propriétés calibrent ainsi l’événement, mais surtout la venue du public, qui cherche la diversité et la surprise afin de casser la redondance des nuits festives.