"Bisous", une ode à l'amour
« Bisous », une ode à l’amour

Originaire de La Roche-Sur-Yon et l’un des meilleurs producteurs de notre génération, il a pendant longtemps façonné sa signature, sa marque, au gré des multiples expériences et collaborations. De ses débuts il y a une dizaine d’années aux côtés de son pote Ikaz Boi à son instru dantesque pour Périscope de Damso, en passant par ses signatures chez Bromance (feu label de Brodinski) ou HW&W (label de Kaytranada), Myth Syzer a eu maintes fois l’occasion de faire entendre sa musicalité et de montrer son éclectisme. Également à l’origine du crew Bon Gamin qu’il forme avec les rappeurs Ichon et Loveni, et très proche de Prince Waly pour lequel il produit un très bon EP en 2016, il ne s’était cependant jamais investi dans un projet entièrement en solo. C’est désormais chose faite avec « Bisous » qui, même s’il peut être estampillé « rap francophone » de par les origines de son chef d’orchestre et sa liste d’invités, fait figure d’ovni.

Annoncé par le hit « Le Code » qui était venu souffler une brise hivernale sur l’été 2017, puis par « Coco Love » qui était venu réchauffer l’automne – deux titres sur lesquels on voyait le producteur s’essayer au chant – ce premier album peut déstabiliser les fans de la première heure. Ici, il n’est nullement question de mélodies sinistres, d’infra-basses ravageuses, et de cassages de nuques – bien que l’influence soit encore palpable sur les titres les plus pêchus. Profondément marqué par une rupture difficile, le beatmaker y puise son inspiration pour livrer une œuvre douce-amère dans laquelle nostalgie, rancœur, naïveté, et humour se côtoient allègrement. S’il change plus ou moins de registre, il démontre tout son talent, et insuffle à son travail un groove et un spleen novateur qu’on ne lui connaissait pas. Synthés lunaires et aériens, basses rondes et chaleureuses, kicks discrets et bien dosés, le producteur est perfectionniste et ça se sent.

Synthèse de plusieurs époques, « Bisous » puise ses influences dans divers courants, divers mondes, et nous offre la rencontre quasi-surnaturelle entre l’electronica classieux de Air, le RnB old-school de Justin Timberlake et des Neptunes, la chanson française de Voulzy ou Souchon sous autotune, la chill-trap vaporeuse de la nouvelle scène future beats, ou encore le rap mélodieux d’MC Solaar ou Doc Gynéco. Un Doc faisant d’ailleurs office de daron au sein de l’impressionnante liste des featurings de l’album, constituée de la crème de la nouvelle génération. On y trouve évidemment quelques gros headliners tels que Roméo Elvis, décidément partout, Hamza, ou Jok’Air, les potes de toujours Ichon, Loveni, Muddy Monk et l’envoutante Bonnie Banane, mais aussi quelques judicieuses nouvelles têtes comme la jeune franco-américaine Lolo Zouaï ou Clara Cappagli, du groupe Agar Agar.

Vocalement présent sur tous les titres, Myth Syzer trouve le bon équilibre et n’intervient qu’en support de ses invités. Autant de voix masculines et féminines unis pour une ode universelle à l’amour et à l’amitié, entre paroles volontairement désuètes et gimmicks entêtants. Un premier album mémorable et cohérent ou le seul bémol reste peut-être les parties vocales du producteur, parfois un peu trop faciles. On est cependant quasiment sûr qu’il s’améliorera avec le temps.