Habitués à voir tomber la programmation en fin d’année telle une évidence, nous étions quelques peu décontenancés vis-à-vis de l’édition 18′. Les spéculations sont progressivement apparues avec tout le désaccord qu’elles peuvent engendrer. Au moment de l’annonce, certains ont été surpris de voir que le festival aurait bel et bien lieu, mais surtout qu’il prendrait place dans une halle de 4000m², sur le site de l’ancienne École d’Application de l’Infanterie (EAI) près du parc Montcalm. Et plus encore, qu’il ne serait désormais plus isolé mais rentrerait dans un plan plus large. Lequel ?

Illusion & Macadam a été retenue par la métropole pour investir la Halle de façon permanente. Le site s’inscrit donc au coeur d’une stratégie, celle d’en faire un pôle des Industries Culturelles et Créatives: la Cité Créative. A la manière de Darwin à Bordeaux ou de la Recyclerie à Paris, la Halle est pensée comme un Tiers lieu, une friche urbaine ou encore un “espace hybride”. Derrière ces noms qu’on lit sur toutes les lèvres, se cache l’idée d’un espace d’échanges, qui ouvre le champ à de nouvelles possibilitées de consommation. Celles pour des structures et autres entrepreneurs culturels de s’y intégrer et de travailler en coworking. “Nous devons réfléchir ensemble sur une chose, pourquoi ce type de tiers lieu engage de nouveaux outils pour les entrepreneurs culturels ? » Nous fait remarquer Vincent Cavaroc, directeur artistique d’Illusion & Macadam.

A l’échelle du public, c’est de pouvoir s’y rendre par exemple pour lire, déjeuner, faire une partie de pétanque, échanger, réparer ses objets… à la sauce DIY. Le tout, au sein d’une architecture éphémère et en suivant une programmation artistique régulière. À ce petit jeu, il est évident qu’Illusion semble défier toute concurrence dans la région. Selon Vincent, il est temps de “passer à la sauce entreprenariat”. “Nous avons levé des fonds pour nous installer durant 11 ans. 80% du modèle économique vient du fait de créer des bureaux dédiés pour des structures dans la création, la technologie et la culture. Ce qu’on appelle des industries créatives et culturelles”. Avec 200 postes de travail, il est question de créer tout un écosystème, une “ruche” pour reprendre les termes du DA.

La tant attendue Halle Créative (Crédit : Marielle Rossignol)

En attendant, Illusion prépare son “Pré-Tropisme” avec sa “Saison 0 – Tropisme en chantier”. N’y voyez pas là un excès de zèle par le déni des saisons précédentes, mais plutôt le choix de montrer que Tropisme est en quelque sorte en “version bêta” et se reconstruit petit à petit autour de sa nouvelle place forte. Ce chantier prend la forme d’une série d’événements ponctuels qui viendront progressivement poser les pierres de l’édifice. Le programme mêle tables rondes, Workshop autour de l’agriculture urbaine, repas, ateliers, fablab, projections… “Nous avons plusieurs mois de travaux avec une grosse partie sur l’entreprenariat et une autre, plus ouverte, sur le public”. La saison a commencé mardi dernier avec le rendez-vous pour les entrepreneurs culturels et créatifs. Tour à tour, l’intention est d’accueillir différents publics et de les confronter.

Côté musique, Tropisme lance “Tropisme hors les murs” avec une soirée à Tel Aviv dans le cadre de la saison France-Israël, en septembre. En plus d’un live de Chloé et de Kazy Lambist, un point d’orgue sera accordé à l’innovation dans le rapport musique/image.

Si Tropisme affirme tel un slogan, depuis plusieurs années dèjà, « être à l’affût des signaux faibles qui constitueront les grandes mutations de demain », de notre côté nous restons à l’affût de ceux qui nous dévoileront la programmation complète de ce Tropisme 2018. Restez à l’affût, vous aussi, on vous tient informés.