Si la parité est respectée, l’équilibre musical ne l’est pas tout à fait, trois des artistes sur les quatre étant majoritairement orientés techno. Bonne ou mauvaise nouvelle, peu importe… En ce qui nous concerne, on a essayé de deviner les line-up. Et franchement, l’exercice s’est révélé extrêmement difficile : contre toute attente, on ne peut pas penser à la place d’un artiste, subtiliser ses playlists, imaginer ses goûts ou placer un dictaphone sous son tourne-disques. On aurait voulu, mais non, il faut éplucher les compilations, naviguer parmi le million de sorties que compte chaque label et observer de plus près les tracklists de Boiler Room que l’on a déjà vues quarante fois, dans l’espoir de reconnaître miraculeusement un nom ou de distinguer un style qui nous semblerait similaire. Inutile de vous dire qu’après cette phrase à rallonge, on s’est pliés à l’exercice. Si l’on se trompe, on quitte le métier.

Crédits : Nuits Sonores

Mardi 8 mai : Jennifer Cardini

L’ancienne résidente du Rex est compliquée à cerner. La jeune femme a joué partout et avec tout le monde. On aurait pu espérer qu’un simple coup d’œil sur le catalogue de Correspondant suffirait. Mais que nenni.

Bon, il y a celles et ceux que l’on considère comme des évidences, mais ne soyons pas présomptueux et appelons-les des potentialités : on pense à tous ces noms qui gravitent autour de la productrice, à Zombies in Miami, Red Axes, Javi Redondo, Dino Lenny ou aux italiens de Marvin & Guy.

On pourrait aussi imaginer – soyons fous – des influences tirées à droite à gauche de sa récente installation à Cologne ou de ses passages sur Kompakt. En réalité on n’imagine pas, on le sait : l’Allemagne sera à l’honneur. Par contre, ce dont on rêverait, ce serait de Einmusik, DJ Koze ou du légendaire DJ Hell.

Enfin, et puisque l’on peut aimer un artiste sans jouer à ses côtés ou le signer sur son label, il y a quelques noms que l’on sent bien et, avouons-le, au son de qui l’on taperait volontiers du pied : Claro Intelecto, John Talabot, Gerd Janson ou le couple qui n’en est pas un, The Hacker et Miss Kittin.

Jeudi 10 mai : Daniel Avery

Bon, Daniel Avery, c’est le chouchou de l’un des membres de notre équipe. Inutile de vous dire que l’annonce de sa présence comme curateur des Nuits Sonores lui a fait l’effet d’une décharge électrique. Et à mal deviner la programmation du jeudi, on risquerait un conflit en interne… On ne vous promet donc rien, mais on ne pense pas prendre de risques en donnant ces quelques noms.

Le producteur ayant élu domicile chez Phantasy Sound, les dernières sorties du label devraient probablement nous éclairer. Il y a donc des chances pour que se relaient derrière les platines Cowboy Rhythmbox, Ghost Culture ou Connan Mockasin, trois esthétiques similaires à celle de Daniel Avery, oscillant entre techno brute et electronica complexe.

Difficile à dire, mais si l’on imagine une programmation purement techno-qui-fait-boum-boum, rien au monde ne pourrait nous empêcher de croiser les doigts et de souhaiter les présences d’Edit Select,  Simian Mobile Disco, Planetary Assault Systems (a.k.a Luke Slater) ou du nom le plus discret, mais aussi le plus torturé du techno-game : Rrose.

Intimement persuadés de la gentillesse du producteur anglais, et quasi-sûrs qu’il nous lit actuellement, on pose enfin sur ce papier quelques têtes d’affiche que l’on aimerait bien entendre en mai prochain : Erol Alkan, SlamShlømo… Daniel, tu sais ce qu’il te reste à faire.

Vendredi 11 mai : Four Tet

Si notre équipe n’est pas composée exclusivement d’aficionados de musiques répétitives, Four Tet apparaît pour eux comme une barque esseulée dans un océan de techno. Mais se mettre à la place de l’un des plus grands génies de notre génération n’est pas chose aisée, tant l’anglais tire ses influences des quatre coins du paysage artistique mondial.  Cerise sur le gâteau : Nuits Sonores nous tease une programmation du vendredi dont les artistes « gravitent autour [des] esthétiques musicales [de Four Tet] : du jazz à l’electronica ». Merci les gars, le travail n’était pas assez difficile.

Rejouons si vous le voulez bien au jeu des évidences : est-ce enfoncer une porte ouverte que de supposer les présences de l’habitué des Nuits Sonores, Floating Points ou des géniaux Burial et Caribou ? Facile, trop facile ? Peut-être que l’on se trompe, mais les précédentes collaborations de l’artiste restent le plus gros vivier d’inspirations.

Four Tet restera finalement le plus compliqué à aborder, mais l’on se risquera tout de même à proposer certains noms issus du catalogue de son label Text Records : on pense à Joe, Taraval, One Little Plane, Koushik, Anthony Naples ou John Beltran.

Samedi 12 mai : Paula Temple

Excellente surprise de cette édition, la venue de Paula Temple laisse présager des kicks quasi-hardcore et une atmosphère des plus sombres. La berlinoise nous plongera probablement à l’avant-garde de la techno, réquisitionnant pour cette journée du samedi quelques-uns des producteurs qui aiment, comme elle, travailler le bruit et le signal sonore.

Il serait trop hasardeux de piocher parmi les sorties de R&S en espérant trouver quelque chose que serait susceptible d’aimer Paula Temple. Un rapide coup d’œil en direction de son propre label Noise Manifesto serait plus judicieux. On pense pouvoir citer sans crainte ses ami(e)s bruitistes rRoxymore ou Oni Ayhun avec qui, entre autres, la jeune femme avait lancé la série « Decon​/​Recon ».

Nous restent enfin tous ces jolis noms que l’on sent bien, qui naviguent en eaux sombres comme elle ou fréquentent les même… cimetières. On pense, dans le désordre, à Octave, à sa pote de b2b Rebekah, aux géniaux JoeFarr et Barnt, ou encore à Tommy 47, gros bourrin qui emprunte son esthétique à la bass music. Enfin, on espère quelques noms plus classiques, mais non moins appréciables, tels que Xhin, Roman Poncet ou Robert Hood.


Bon, l’un dans l’autre, on s’est forcément trompés quelque part. On espère seulement que ce ne sera pas sur toute la ligne. Si tel est le cas, soyez sûrs que nous n’hésiterons pas à renommer l’article en : « Les artistes que l’on aurait programmés aux NS Days mais que les curateurs incompétents n’ont pas choisis ». Eh oui, on est comme ça chez Piñata…

Rendez-vous le 16 janvier pour l’annonce de la programmation.