Article coécrit avec Camille Gouin

19h – Premier coucher de soleil sur la Friche

Vendredi 1er juin, début des festivités. Rien de tel que le toit terrasse pour se mettre dans l’ambiance. Comme on est des vaillants et qu’on ne veut pas encore trop se la péter avec nos pass VIP, on prend l’escalier comme tout le monde. Trois étages plus tard, on arrive pile à temps pour le coucher du soleil au rythme de Perel. La scène placée au milieu propage la ferveur du public, qui monte doucement : les enfants courent de partout et les adultes entament leurs premières bières. Quant à nous, on dégaine l’appareil photo. Rencontre avec les marseillais – festivaliers réguliers ou simplement venus arpenter le Toit Terrasse – qui sont tous venus profiter de la vue en musique. Après quelques déhanchés et déjà un ou deux litres de descendus, il est déjà 23h. L’heure pour nous d’envahir les quatre espaces inférieurs dédiés aux festivaliers.

Perel

23h – L’ivresse du moment nous gagne

On se chauffe doucement à la Boule Facette avec Deep & Roll, l’ambiance monte progressivement et les corps esquissent leurs premiers chancèlements. Point central entre les salles mais surtout espace aéré, c’est l’endroit idéal pour faire une pause tout en restant dans l’ambiance.

23h30 – Direction les grosses basses

La soif se fait sentir, parfait ! le bar est juste derrière. À peine le temps de commander qu’on se retrouve déjà dans La Boîte, le mapping de qualité qui nous entoure nous plonge dans l’univers expérimental de Sassy J. Les gens, encore dispersés dans toute la Friche peinent à arriver dans les différentes salles, la piste est donc à nous. Bière à la main, nos premiers mouvements se heurtent à la cadence des basses.

1h –  Red light au plafond

Avalon Emerson ayant raté son vol, elle n’est donc pas présente. Un mal pour un bien, cela nous enlève une épine du pied : pas besoin de choisir entre la jeune allemande et le mythique Joy Orbison. Direction la Ballroom. Joy O’ nous offre un set d’anthologie. Afin de ne rien rater, on se relaie pour ravitailler nos ecocups. Un lead dansant aux sonorité techno qui enivrent nos oreilles. À peine le temps de réaliser ce qui vient de nous arriver qu’une tête au boucles d’ors se montre sur scène. La foule se presse pour acclamer Daniel Avery. Les corps vibrent, les basses grondent, les festivaliers tapent du pied, le closing de la salle vient de débuter. Les bras levés, on aperçoit notre rédacteur revenir les mains pleines de quoi se désaltérer. Lumière rouge, haut plafond, l’ambiance est unique. Yeux fermés, sourire aux lèvres, cerveaux déconnectés, Daniel Avery nous fait voyager durant les deux heures de son set.

Daniel Avery

5h – Premier closing du weekend

Vite, il faut descendre au Cabaret Aléatoire afin de retrouver les derniers survivants de cette première soirée, mais surtout finir en beauté avec Paula Temple. Quelques jours après les Nuits Sonores à Lyon, elle continue de régaler le public français à Marseille. Une techno sombre, puissante, aux kicks millimétrés, qui nous fait terminer cette première nuit dans une ambiance électrique.

6h du matin, les videurs nous invitent à sortir de la salle, le soleil se lève, il reste une poignée de personnes encore très motivées. Mais il est temps pour nous d’aller se reposer quelques heures, on décide de rester sages pour profiter un maximum le lendemain !

Crédit : Jonathan Livingston

Après un coucher aux aurores et un repos bien mérité pour notre équipe, direction la friche et le Toit Terrasse pour cette seconde soirée.

19h – Le Toit Terrasse ou l’esprit teuf

On commence par un petit débriefing d’équipe avec notre rédactrice préférée. Deux groupes de festivaliers sont affalés sur leurs transats en train de décuver de la veille ou de s’ambiancer tranquillement. Direction la scène où Tropicold s’attèle à faire monter la température. Dégustation de hot dogs, verre de bourbon gentiment offert aux invités par le stand d’une célèbre marque de whisky… pile ce qu’il nous fallait pour apprécier Louise Chen et sa disco – qui a fait danser plus d’un quadra. La frénésie commence à s’emparer des jeunes comme des plus vieux, et on a droit à quelques punchlines de rap bien placées par un jeune homme. Il semble manifestement sous l’emprise de pastis. C’est aussi ça l’esprit du Bon Air, les styles s’entrecroisent pour le bonheur de nos oreilles… Le rap et la disco feraient bon ménage ? Non.

Louise Chen

À peine le set de Louise Chen terminé, c’est le collectif Paillettes, sorte de Camion Bazar à la marseillaise qui clôture à sa façon le rooftop. Il est 23h, on décale les barrières et une vingtaine de personnes grimpe sur la scène et commence à s’agiter sur un mélange de tribe et de hardcore. On y retrouve notre rappeur préféré, une ado au t-shirt Nirvana bien inspirée en pleine séance d’air guitar ou bien une danseuse en robe à paillettes rouge. Après en avoir pris plein les yeux et les oreilles, tout le monde descend, parés pour la seconde partie de soirée.

23h – Tout le monde descend

Direction le Cabaret Aléatoire avec Les Fils de Jacob, collectif stéphanois et têtes pensantes de Positive Education. Changement radical d’ambiance puisque les deux larrons nous livrent une techno indus mid-tempo teintée de post punk. C’est certainement le moment où on voit les danses les plus galvanisantes. À côté, le voguing ne fait pas le poids.

Les Fils de Jacob

Après ce véritable coup de cœur, leur comparse de Métaphore Collectif, Shlagga, pose son Mac. Place à un live expérimental et techno indus hypnotisant, avec en toile de fond un mapping où des corps de femmes nues se laissent entraîner par le courant de l’eau. Les pas de danse se font plus lents et on est happés par ce qui relève plus d’une exposition multisensorielle. Sans doute une volonté commune de l’artiste et de la DA, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Une belle coupure en vue de repartir perdre des calories dans la Ballroom.

Shlagga – Crédit : Jonathan Livingston

1h – La Ballroom, lieu des prouesses artistiques

La Ballroom, ses faisceaux hypnotisants, théâtre de notre emballement cardiaque pour Joy Orbison la veille. Acte 2. On y découvre Soichi Terada, considéré comme le pionnier de la house japonaise, samplée avec des vocals de son pays natal. En plein live, il monte sur la table, pratique l’air guitar (récurrence du festival) avec ses câbles et nous fait une démonstration d’”electric organ”, un instrument qu’on pourrait vulgairement rapprocher d’un harmonica électrique. Une véritable osmose s’installe avec un public déchaîné, féru de l’esprit kawaï dégagé par l’artiste et ses chorégraphies on ne peut plus WTF. Le japonais a du mal à partir, acclamé par une foule conquise. Mais il le faut pourtant, car Larry Heard aka Mr Fingers arrive, et pas avec n’importe qui.

On apprend peu avant le début du festival via un post Facebook qu’il ramène dans ses bagages Robert Owens et Mr White, deux chanteurs avec qui il a déjà travaillé auparavant. Une excellente nouvelle… mais nous ne nous attendions certainement pas à une performance aussi subjuguante. Un live porté par un jeu son et lumière planant et une communion évidente dans le regard des trois protagonistes. Après plusieurs étreintes et une émotion certaine, tout cela nous laisse des étoiles dans les yeux. Mais il est temps de redescendre car un dilemme inévitable approche, il est 3h du matin et il faut choisir entre Bambounou et Elena Colombi.

Mr Fingers / Robert Owens / Mr White – Crédit: Jonathan Livingston

3h – Le cruel aller-retour Boîte / Cabaret Aléatoire

La technologie ne nous permet pas encore de nous dupliquer, et pour le coup, cela aurait été bien pratique car le choix fut compliqué. Mais il fallut faire avec, monter et descendre plusieurs fois les deux étages et les allées qui séparent la Boîte du cabaret Aléatoire. C’est l’italienne que nous choisissons en premier. Entre les “showmans” de la Ballroom et la jeune DJ, il y eut un fossé : aucune interaction avec le public et le regard vissé sur ses platines, mais nous ne lui en voulons pas. Son set nous transporte entre techno, new wave, EBM et post punk, le tout parsemé par ci par là de nappes d’ambient. Quelque chose d’assez individualiste finalement. Et paraît-il que les DJs sont aussi des humains ? Certains restent timides et ne sont pas très démonstratifs. Verdict – le taff a été fait, et bien.

Lorsqu’on apprit que Bambounou terminait son set en Croatie aux alentours de 10h du matin, et qu’il eut un léger problème de valise à l’aéroport, on se dit qu’il n’allait pas traverser l’Adriatique pour nous caresser d’un set house comme cela lui prend de temps à autres. Et nous eûmes raison. Hargneux dans ses percussions, mais tout sourire sous ses dreads, il n’eut pas peur de devoir se changer en rentrant – pour notre plus grand plaisir.

Judaah

5h – BPM fait craquer le Cabaret / Décès en after

Il est un peu moins de 5h, Bambounou achève son set et BPM (BFDM / Positive education / Métaphore Collectif) débarquent tels des guerriers sur scène. Ils se saluent mais Bambounou ne part pas. Judaah (BFDM) nous improvise un b2b avec le parisien dont on se rappellera encore quelques temps. Pour les plus courageux (dont nous), direction l’after au Chapiteau avec les marseillais D-Mood, histoire de bien terminer cette troisième édition en chauvins avertis. Pour ma part, après quelques pas dans la salle et une dernière pinte dans le gosier, mon regard se noie dans les limbes, je m’échoue dans un transat entre deux carreaux de boules de pétanques (ou peut-être contre les murs qui délimitent le terrain, vu les talents de tireurs de certains).